Pierre TREFOIS (Textes), Valentine DE CORDIER, S’élever aux signes, Éranthis, 2018, 25 p., 12 €, ISBN : 9782874830167Les deux petits volumes que publient coup sur coup les éditions Éranthis ont quelque chose d’un polyptique littéraire qui unirait, dans un même mouvement scriptural et pictural, deux livres pourtant distincts. Le lien entre ceux-ci ? Les « mains silencieuses » de l’artiste, celles en l’occurrence de Pierre Tréfois qui, dans S’élever aux signes, met en quelque sorte sa plume au service des toiles de Valentine De Cordier et dans l’autre, se fait illustrateur des écrits intimes de Véronique Wautier. La maquette agréable et sobre choisie par l’éditeur (format, grain du papier de couverture, rendu des illustrations, …) fait de ces deux minces recueils des objets que l’on se plaît à feuilleter, à ouvrir, l’espace d’une ou deux minutes, pour y picorer une image, un fragment, un mot. Une mélodie aussi puisque dans le premier, chaque texte, en regard d’une peinture, est accompagné d’une référence à une chanson, à un musicien (Keith Jarret, Pink Floyd, Leos Janacek, …) comme pour ajouter une dimension sonore aux résonances qui s’établissent entre écrit et image.Dans S’élever aux signes, les brefs poèmes de Pierre Tréfois seraient comme des débuts d’histoires suggérées par les œuvres de Valentine De Cordier à l’instar du beau poème intitulé La touche rupestre sur une musique de Léonard Cohen,
C’était en quelque sorte le prix de la location : chaque voyageur devait ajouter son pigment personnel à la fresque murale qui hallucinait la chambre. Ils y passèrent la nuit et se quittèrent à l’aube, sans s’être touchés. Elle retourna à San Francisco, lui à Ottawa, des vertiges plein de fêlures, Summer of Love et vague à l’âme en bandoulière.
Le second volet de ce diptyque éditorial est marqué par l’écriture parcimonieuse de Véronique Wautier qui dit l’écho du silence au moment de l’écriture mais aussi la complicité ainsi que l’étreinte avec l’autre, essentielles au moment de la création,
j’ai besoin quand j’écris que tu te penches sur ma feuille il y a ce tu dans l’écriture sans lequel je ne trouve pas l’usage des mots
Cet autre sans qui, toute tentative de mettre en mots ce qui est « tu » semble bien vain. Car c’est au fond, l’artiste, musicien, peintre ou écrivain, qui, dans le dénuement de l’échange, redessine les portées de sa partition au gré des sens perpétuellement en éveil.Rony Demaeseneer
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