Le récit se déroule après la Grande Vague, quelque part dans le Grand Nord, sur les anciennes terres, dans une ville portuaire. L’intrigue prend place autour d’un abribus, face au quai. Il pleut de manière ininterrompue. La mer est agitée. On entend le clapotis de l’eau et les cris des mouettes. Que la marée soit haute ou basse, l’eau déborde de plus en plus sur le quai. La Grande Vague a tout emporté et laissé derrière elle quelques êtres déboussolés. Tous sont partis ou sont morts. Trois enfants oubliés – La brindille, Jukel et Temba – se retrouvent dans cet abribus, sorte de cabane faite de sacs plastiques. Au fil des pages, ce lieu est de plus en plus encombré par des pneus, sacs, planches, bâtons, bouteilles… Ces trois enfants attendent un bus qui n’arrivera jamais et scrutent l’horizon d’où pourrait surgir un bateau.Temba vient d’une famille de pêcheurs et porte des lunettes de plongée. Mais depuis la Grande Vague et le chemin qu’il a parcouru seul sur les mers, il a peur de l’eau, des ombres, du monstre… de tout. De son côté, La brindille est en colère et désespère d’avoir été abandonnée. « Son corps se déforme sous le poids de l’attente. » Junkel, quant à lui, était déjà un enfant des rues avant la Grande Vague. Puis débarque, dans ce petit groupe, Alaska, un enfant perdu qui vient du Grand Nord et ne parle pas la même langue qu’eux. Tous les quatre vivent de bric et de broc. Ils attendent et essaient de récupérer ce que la mer charrie. Cette mer de tous les dangers, qui est pourtant tout aussi mystérieuse.Dans le village, il y a aussi le vieux qui ne peut plus sortir de chez lui et des voix menaçantes qui s’élèvent du hangar. Chaque nuit – quand il fait très noir –, ce lieu, dont il ne faut surtout pas s’approcher, semble se réveiller : des lueurs apparaissent aux baies vitrées du hangar et de la musique tonitruante y retentit. Que faire dans ce monde qui semble de plus en plus hostile ? Ils ont beau faire des pactes pour se souder ou des listes d’aliments pour se rassurer, calmer la colère et s’échapper de cette triste réalité, l’eau continue de monter. Pourquoi les a-t-on laissés là, pourquoi les a-t-on abandonnés ?Avec À l’ombre des marées, sa septième pièce publiée chez Lansman, Daniela Ginevro nous entraine dans un monde dystopique qui pourrait pourtant nous être familier. Un monde où tout a basculé du jour au lendemain. Un monde où l’on survit. Où l’on attend une éclaircie qui ne vient pas. Où l’on ne trouve plus que des choses devenues inutiles :Ce qui a été ratissé.(…)Des pullsTrop grandsDes cirésTrop grands aussiLa nourriture des placards(…)Mais il ne reste plus grand-chose(…)Des livresDe toutes sortesQu’on ne sait pas quoi en faire, on ne sait pas lire(…)Des photos des gensPour inventer des souvenirs qui n’existent pasDes souvenirs à raconterDe la vie d’avant L’autrice a recours, comme souvent, à des personnages d’enfants qui ont des parcours compliqués (abandon, migration) et ont des histoires vraies à raconter. Un chœur d’enfants dresse le portrait de chaque protagoniste. Du haut de leurs quelques années d’existence, ils s’entraident, se protègent les uns les autres, attendent et espèrent des jours meilleurs. Ce sont « des enfants cabossés qui sont restés debout. Face à la mer. » Comme le dit François Truffaut – citation reprise en exergue du livre – « Les enfants, ils sont très solides. Ils se cognent contre tout, contre la vie, mais ils ont la grâce. Et puis ils ont la peau dure aussi. » (L’argent de poche).Émilie GäbelePlus d’information
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