« Ville d’habitude… » dans « Autour de Namur »



À PROPOS DE L'AUTEUR
Alain Dantinne
Auteur de « Ville d’habitude… » dans « Autour de Namur »
Alain Dantinne est né le 11 octobre 1951 à Namur.Il a entrepris des études de Lettre dans un premier temps, de Philosophie ensuite. Il a enseigné le Français (dans l'enseignement secondaire) et la Philosophie (à la faculté d'Architecture, à Liège). Cette expérience sera consignée dans un récit-essai, 68 rue des Écoles qui paraît en 2019 aux éditions Academia. Il publie un premier recueil à compte d'auteur en 1979. Le suivant paraît aux éditions André De Rache en 1985, avec un avant-propos de Jean-Claude Pirotte. Cinq autres suivront. À partir de l'an 2000, il consacre une plus grande partie de son temps à l'écriture, il se met à écrire des romans, dont un pastiche, Hygiène de l'intestin, publié aux Éd. Labor. La Promesse d'Almache et Brise de Mère trouveront place dans la collection "Plumes du Coq" aux éditions Weyrich. Il écrit régulièrement dans Les Amis de l'Ardenne, la revue de Charleville. En 2020, les éditions de "L'Herbe qui tremble" publient une anthologie de ses principaux poèmes, Amour quelque part le nom d'un fleuve. Fils naturel du Velvet Underground et du surréalisme, Alain Dantinne n'a jamais pu placer ses mots dans les vers cadencés de la poésie élégiaque et, s'il utilise le sonnet ou le rondeau, c'est pour mieux en pervertir la forme, en faire surgir tout le poids de l'Existé. Sa révolte intérieure, son indicible déchirure recherchent de grands espaces telluriques; il prend alors la route, traverse des cordillères, se perd dans des villes gigantesques, où il frotte sa solitude à la peau du monde. La poésie est pour lui le lieu, le seul, de la réconciliation impossible.

AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:xfirstword - "« Ville d’habitude… » dans « Autour de Namur »"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Visages d'Henri Michaux

Karoo, sous la plume d'Elias Preszow, vous propose une lecture en marge de Qui je fus d'Henri Michaux. Karoo, sous la plume d'Elias Preszow, vous propose une lecture en marge de Qui je fus d'Henri Michaux. La littérature ?! Hé hé... Guerre sans merci contre des moulins à vent... Dans cet affrontement immémorial et cruel, absurde et pathétique ‒ mais combien sublime, combien attirant ‒ , dans cet affrontement grandiose et ridicule, le rôle de la critique se réduit à compter les grains de poussière que soulèvent les chevaux lancés au triple galop... Et dieu sait combien même le plus maigre canasson peut chasser de terre sur son passage... Assumant cette tâche ingrate, les notes que l’on va lire ne visent qu’à singer un exercice d’érudition parfaitement vain qui prétend se glisser entre des actions imaginaires pour en déchiffrer le sous-titre confus. Il s’agira, en l’espèce, d’approcher l’ombre épique qui tient plus de l’écuyer joyeux que du chevalier à la triste figure – une espèce de Sancho équatorien qui serait né à Namur, fin XIX e ‒ , plus du vent que des moulins, du poisson que du chat, etc., etc. Henri Michaux n’a pas de visage. Il a des têtes. Une foule de têtes chercheuses qui lui dansent sous la peau. Son écriture en est bourrée. Ses dessins en sont plein. Entre ce qu’il fut et ce qu’il est se dresse un mur de figures en mouvement que son langage vient percer. Mouvements, mouvements divers et en tous sens, trajectoires et passages, itinéraires et voyages. Possibles autant qu’impossibles. Surtout impossibles. C’est ce Journal que nous lisons. Michaux – né le 24 mai 1899. Belge, de Paris ‒ n’est pas l’homme assis : il aime les fugues. 1 Il est celui du départ, comme il le déclare à propos de son ami poète: L’air du large entour toujours Supervielle 2 . Et nous qui aimons tant Henri Michaux, comment le lire, comment en parler ? En épigraphe à En pensant au phénomène de la peinture, il y a cette phrase : La volonté, mort de l’Art 3 . Elle est signée H.M., comme Matisse. Comme Meschonnic. Henri Matisse qui disait : Chaque figure a son rythme particulier et c’est ce rythme qui crée la ressemblance. Henri Meschonnic qui, dans la Rime et la Vie , à l’article le Tempo et le Temps , notait ceci à propos de Michaux : Le mouvement est une visée d’écriture, autant qu’une visée graphique, chez Michaux. Et pour saisir la nature de ce mouvement, il précisait : La répétition ne suffit pas. Ni pour le faire, ni pour l’expliquer. Bien que la mescaline, dit Michaux dans Misérable miracle (p. 65), « rédige par énumération », et « dessine par répétition ». Mais la répétition n’est pas le rythme, le rythme n’est pas la répétition. Comme le voudraient des psychanalystes. Parce que la répétition est une limite du rythme. Une maladie du rythme. À la fin de Misérable miracle, contre la répétition, Michaux évoque (p. 160) « Les rythmes comme antidote ». Ce sont des rassembleurs du sujet 4 . L’effet extraordinaire de Michaux est qu’il nous entraîne dans sa course. Nous nous lançons à sa poursuite et savons de moins en moins qui il est, ce que nous sommes. Nous sommes pris dans son devenir... Ainsi, chaque texte de Qui je fus peut être lu et relu comme cet exercice de sortie de soi. Une tentative d’évasion, de texte en texte sans cesse recommencée. Et, en effet, le poète belge, plus ou moins installé à Paris, nous apparaît alors comme une « variété de multiplicité 5 » ainsi que le présente Raymond Bellour dans son introduction aux œuvres complètes dans l’édition de la Pléiade. Les textes rassemblés dans Qui je fus, son premier recueil publié datant de 1927, tracent des routes multiformes : toujours mêlant les paysages réels aux imaginaires, à la limite du roman et du carnet, du récit et des principes d’enfant dans une mise en scène d’une pensée en train de se dessiner. Cependant, une constante : il s’agit toujours d’au moins un personnage en lutte. Que ce soit celui d’un « Je » ou d’un « Il », il y a conflit, désaccord, débat. Et avant tout entre l’âme et le corps. Ou plutôt entre le mot « âme » et le mot « corps ». Entre la santé et la maladie : l’illuminé et le morne. Bellour écrit : La langue de Michaux naît vraiment du malheur du corps désarmé : voilà ce qui la rend si simple, directe, élémentaire, sans apprêt 6 . Et il semble bien que Michaux se livre à l’écriture pour rétablir un équilibre perdu, ou pour en conquérir un nouveau, ou pour... Pour se soigner, pour exorciser un mal. Tel qu’il l’affirme lui-même dans l’Avenir de la poésie : L’on voit ainsi que la poésie, plutôt qu’un enseignement, et plus même qu’un ensorcellement, une séduction, est une des formes exorcisantes de la pensée. Par son mécanisme de compensation, elle libère l’homme de la mauvaise atmosphère, elle permet à qui étouffait de respirer. Elle résout un état d’âme intolérable en un autre satisfaisant. Elle est donc sociale, mais de façon plus complexe et plus indirecte qu’on ne le dit. 7 Seul invité d’honneur parmi les écrivains belges, en 1936, quand commençait la guerre d’Espagne, telle était sa fameuse réponse au problème qui justifiait, son intervention à Buenos Aires grâce à l’insistance de Victoria Ocampo, dans une conférence dont le texte paraît une première fois en espagnol, dans la revue Sur 8 : Sans en avoir l’air je réponds de la sorte à la question « Où va la Poésie ? » Elle va à nous rendre habitable l’inhabitable, respirable, l’irrespirable. 9 Où allons-nous, aujourd’hui, au contact de cette poésie-là ? Difficile de la regarder objectivement, à distance, en spectateur. Ses problèmes deviennent nos fantômes. Et il y a fort à parier que Michaux ne blaguait pas lorsqu’il invitait à cette science de l’avenir qu’il baptisait le FANTOMISME : Si donc j’aimais les Ismes et devenir capitaine de quelques individus, je lancerais bien une école de peinture, le FANTOMISME (ou le « psychologisme »). Le visage a des traits. Je m’en fiche. Je peins les traits du double (qui n’a pas nécessairement besoin de narines et peut avoir une trame d’yeux.) 10 Et l’on se rappelle alors que Michaux s’était engagé comme marin après avoir interrompu des études de médecine et avoir définitivement renoncé à entrer dans les ordres... Et que le premier dessin de la série, intitulé la Paresse , annonce par ces quelques mots : L’âme adore nager… 11 Nous commençons à ressentir ce trouble qui fait la spécificité de l’œuvre de Michaux. Trouble contagieux, difficile à cerner, à apaiser. Écriture mouvante dont le corps passe sans cesse d’une figure à un dessin, d’un espèce de visage au double d’une tête : le masque, le personnage, le clown, le petit cheval, un chien ou une fourmi qui parle bas, lignes en partance... Il note encore : Je voudrais pouvoir dessiner les effluves qui circulent entre les personnes. J’aimerais aussi peindre l’homme en dehors de lui, peindre son espace. Le meilleur de lui qui est hors de lui, pourquoi ne serait-ce pas picturalement communicable ? Dans la joie, l’enthousiasme, l’amour, l’élan combatif, l’exaltation de groupe, il est hors de lui. C’est là qu’il faut le peindre. Même sa méfiance est autour de lui. L’homme le plus réservé se fait encore un bain des alentours. Que serait un « chez-soi », des murs, si on ne s’y répandait vraiment ? 12 Michaux se tient hors les murs. Il nage à contre-courant. Son bain est une aventure solitaire, sa mer est toute intérieure. Elle est une quête d’un souffle juste. Accorder le battement du cœur de l’homme à celui de l’enfant. Alors, forcément, nous pensons à Baudelaire : Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, Le cœur gros de rancune et de désirs amers, Et nous allons, suivant le rythme de la lame, Berçant notre infini sur le fini des mers. 13 Michaux qui écrivait dans Tels des conseils d’hygiène…

14-18, un passé entre front guerrier et zones occupées

DES AUTEURS N'AYANT PAS CONNU LA GRANDE GUERRE SE SONT PENCHÉS SUR CETTE EFFROYABLE PREMIÈRE GRANDE BOUCHERIE DU XXe SIÈCLE. ILS PORTENT SUR ELLE LE REGARD SINGULIER QUE PERMET LA DISTANCE DU RECUL DE L'HISTOIRE. Plusieurs romans et nouvelles d'écrivains actuels se servent d'éléments ayant existé afin de réfléchir sur une barbarie que le monde avait espéré disparue alors qu'elle persiste aujourd'hui à travers les discordes sanglantes qui ont sévi ou sévissent encore. Ils appartiennent à un corpus littéraire porteur d'une autre vision que celle uniquement restreinte à la vie dans les tranchées et à la guerre vue du front. En effet, comme ce fut le cas pour le Nord de la France, " la situation de la Belgique est tout à fait originale de par sa partition entre zone des combats [...] et zone occupée " 1. LE RÉALISME IMAGINÉ Raymond Masai (Kain, 1944) a conçu son roman choral Le carnet de Nicolaï 2, comme une tentative de revenir sur " une guerre que le temps et les mensonges ont réduite à une carte illustrée " (p. 66). Il part d'un fait plutôt occulté de la 1e guerre mondiale : celui de la participation au conflit de troupes russes, environ 20000 hommes, dont la moitié envoyés en France. Leur présence est, par exemple, attestée par des tombes à Tournai. Il existe aussi, dans la même région, vers Warchin, un déblai de chemin de fer baptisé " la Montagne des Russes ". Une partie de ces militaires, abandonnés par leur pays parce que l'arrivée du communisme a fait que " combattre pour la bourgeoisie française ou pour protéger les caves et le Champagne n'étaient plus à l'ordre du jour " (p. 82), ont connu mutinerie et répression avant de se retrouver parqués dans des camps de concentration, notamment à Mailly (Champagne-Ardenne). Composé d'un mélange du journal intime du jeune soldat Nicolaï, des pérégrinations d'un Chilien exilé sous la dictature de Pinochet, de correspondance échangée, du travail historique d'une jeune chercheuse, le livre associe passé et présent, guerres et paix, réalisme et idéalisme, séparations et retrouvailles, dirigeants et citoyens, besoin d'identité et anonymat imposé par la vie. Il se réfère aussi à la composante locale puisque le Russe tombera amoureux d'une paysanne du coin. Avec Tu signais Ernst K., Françoise Houdart prend le parti de se mettre à la place de l'occupant. Elle part à la recherche de celui, soldat allemand de 19 ans, qui laissa, logé chez l'habitant à Boussu, un carnet de dessins de lieux situés entre Tournai et Roisin de juillet 1917 à mai 1918 3. Le livre va donc s'intéresser d'une part à la mentalité de cet intrus imposé aux citoyens belges ainsi qu'à ce qui se passe auprès des siens restés dans la patrie natale et d'autre part à livrer des détails sur le quotidien de l'époque à travers la vie et les réactions des autochtones hainuyers. Littérairement, cette espèce de chronique montre une auteure en train de réfléchir sur sa propre démarche d'écriture, sur sa volonté de conjuguer imaginaire narratif et réalité documentaire, tutoyant son personnage " en tête à tête entre fiction et présomption d'authenticité " (p. 139) tout en s'interrogeant sur ce qu'il devient sous sa plume et allant jusqu'à lui demander s'il se satisferait " jusqu'au bout de ce roman du destin dont je te gratifie " (p. 232), mais aussi dialoguant en vrai avec la dernière survivante de cette histoire. La démarche expérimente une forme d'objectivité ou d'équité. Elle prend en compte les deux camps, les deux populations, les deux catégories que sont militaires et civils. Ainsi, le soldat installé dans la maison de Juliette D. est-il considéré comme " présence honnie et protectrice en même temps " (p. 48). Ainsi cette remarque que " les jeunes filles et les femmes n'avaient pas la vie facile dans cette Allemagne totalement mobilisée pour nourrir en machines et munitions la femelle monstrueuse coiffée d'un casque à pointe qui broyait sans miséricorde les hommes et leurs farouches espérances " (p. 49). De la sorte réapparaît la part d'humanité que la guerre semblait avoir gommée. Comme elle se lit dans les réflexions d'Eduard, ami d'Ernst, qui ne cesse de se questionner sur le bien-fondé du patriotisme inoculé par la propagande. L'existence de la population d'alors se remplit pêle-mêle de délations pour satisfaire de petites vengeances car " les rancœurs ont la peau durcie par la misère " (p. 140), de la circulation sous le manteau d'une lettre épiscopale censurée ou de journaux clandestins, de l'utilisation des pigeons afin de transmettre des messages de résistance, d'arrestations et d'exécutions, d'organisations de bienfaisance distribuant de la soupe aux écoliers, de potagers installés un peu partout pour se nourrir malgré la pénurie, de rumeurs de puits empoisonnés, de brassards rouges obligatoires pour les chômeurs, de déportations, de tickets de rationnement, d'épidémie comme la mortifère grippe espagnole ou de maladie comme la tuberculose... Par ailleurs, il y aura bientôt " en filigrane dans la texture sonore de la guerre des hommes, se frayant un passage entre l'écho des salves des pelotons d'exécution des premiers mutins de la Somme, le retentissement assourdi des bruits de pas des premiers soldats américains sur le sol français libre, et les lointaines clameurs des premiers grévistes de la Ruhr " (p. 125). Ici, à l'image de la cohabitation forcée décrite par Vercors lors du conflit mondial suivant dans Le silence de la mer, se dessine une connivence forte entre occupés et occupants précisément parce que derrière la nécessité de rester fidèle à des valeurs existe aussi une compassion tacite entre des êtres dotés de similaires sentiments humains. Un bref livre vient de sortir de presse qui donne la parole à sept témoins. Dans Un bouquet de coquelicots, Marianne Sluszny, à son tour entremêle fiction et réalité 4. De fait, productrice de documentaire à la télévision belge francophone, elle a eu l'occasion d'effectuer des recherches au sujet de la Grande Guerre. Elle en a retiré des nouvelles à la première personne. Chaque personnage vient narrer sa vie. Chacun a son ancrage très local: Bruxelles, Anvers, Namur, Malines, Andenne, La Panne, Ypres, Musson... Le Soldat Inconnu devient soudain identifiable, lui qui fut choisi par hasard parmi des ossements épars. Un pigeon voyageur affirme " que l'envahisseur était un oiseau de mauvais augure " (p. 44). Fils d'avocat catholique, Roger, pianiste en devenir, est transporté dans un autre monde, celui des tranchées. Là, il fait " connaissance des poux, des rats, des odeurs nauséabondes des urines et étrons entassés dans un seau. Et aussi de la torture qu'on inflige à son corps recroquevillé pour que la tête ne cogne pas les poutrelles, supplicié par les assemblages de fils de fer recouverts de toile de jute sur lesquels il doit trouver le sommeil " (p. 38). Frans, lui, enfant d'une famille besogneuse et analphabète, reçoit l'enseignement d'un curé nationaliste. Sur le front, dans le boyau des tranchées réalisées " avec des sacs de sable, des sacs lourds comme le chagrin " (p. 83), fraternisant avec un conscrit de Marchienne-au-Pont, il réalise que " la vie des siens était aussi pénible que celle des paysans flamands " (p. 85). Trois personnages sont particulièrement émouvants. Jeannette, mère de famille dont le mari est incorporé et qui finit par se prostituer avec des occupants ennemis. Après l'armistice, elle sera ignominieusement punie par la populace haineuse " comme si nous n'avions pas été les plus vulnérables, abandonnées à nous-mêmes pour faire vivre nos familles " (p. 70). Cécile, fille d'un grand patron libéral, préfère devenir infirmière plutôt qu'épouse d'un autre patron. Elle accompagne jusqu'à son dernier souffle un soldat aux idées socialistes dont l'état physique se dégrade suite à une balle dans la tête. Quant à Albert, Congolais immigré devenu invalide de guerre à la " carcasse rongée comme par un vautour " (p. 92) par une tuberculose pulmonaire…

Visages de Henri Michaux

La littérature?! Hé hé... Guerre sans merci contre des moulins à vent... Dans cet…