Made in China


RÉSUMÉ

Depuis le début des années 2000, j’ai fait de nombreux voyages en Chine, je me suis rendu à Pékin, à Shanghai, à Guangzhou, à Changsha, à Nankin, à Kunming, à Lijiang. Rien n’aurait été possible sans Chen Tong, mon éditeur chinois. La première fois que j’ai rencontré Chen Tong, en 1999, à Bruxelles, je ne savais encore quasiment rien de lui et de ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts. Ce livre est l’évocation de notre amitié et du tournage de mon film The Honey Dress au cœur de la Chine d’aujourd’hui. Mais, même si c’est le réel que je romance, il est indéniable que je romance.



À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-Philippe Toussaint
Auteur de Made in China
Jean-Philippe Toussaint est l’un des auteurs belges contemporains les plus réputés internationalement. Il doit cette notoriété à une oeuvre d’une grande originalité,  et d’une densité exceptionnelle. Fils de l’écrivain journaliste Yvon Toussaint, il est né à Bruxelles en 1956, mais fera, en raison des activités de correspondant de son père, l’essentiel de ses études à Paris, principalement à Science-Po. Il débute en 1985 avec un premier roman paru aux éditions  de Minuit (maison à laquelle il restera indéfectiblement fidèle) qui fait immédiatement sensation. Il est non seulement salué comme  l’une des plus éclatantes manifestations du Nouveau Nouveau Roman, mais connaît aussitôt un retentissement considérable, en particulier au Japon où, par la grâce d’un traducteur de première force, Toussaint s’impose comme l’auteur de langue française le plus apprécié. Une dizaine d’ouvrages s’en sont suivis, qui lui ont valu une belle moisson de prix, depuis le Sander Pierron de notre Académie jusqu’au Médicis, en passant par le Rossel (qu’il partage avec Henry Bauchau) ou le Triennal, frôlant même à plusieurs reprises le Goncourt. Toussaint est aussi photographe et cinéaste : on lui doit notamment l’adaptation à l’écran de son roman Monsieur ainsi que La Patinoire, film aussi drolatique que magistral, injustement méconnu.


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Dans Made in China, entre roman, fiction et réalité, l’auteur de Football retrace ses tribulations de tournage dans l’ancien Empire du Milieu.On avait laissé Jean-Philippe Toussaint nous dévoiler, durant l’été 2015, une robe toute en miel, portée par une mannequin lors d’un défilé de mode, et poursuivie par un essaim d’abeilles : son court-métrage The Honey Dress, réalisé en Chine à partir d’un épisode de son roman Nue, était alors présenté à Bozar, durant l’exposition « Les Belges. Une histoire de mode inattendue ». Lorsqu’on a proposé à Jean-Philippe Toussaint d’effectuer un premier voyage en Chine, et qu’on lui a demandé quelles étaient ses conditions, l’écrivain et réalisateur n’en n’a formulé…


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La fin des abeilles

Le nouveau récit de Caroline Lamarche se referme avec des ruisseaux sur les joues, au milieu des premières abeilles du printemps – osmia bicornis , de petites abeilles rousses et solitaires, disparues des zones d’agriculture intensive mais toujours présentes en zones urbaines. Attirées sans doute par  les filets de lumière qui serpentent entre les phrases, par les mots solaires pour dire la nuit, elles contreviennent à leur solitude pour se réunir sous la voûte de papier. Là où Dans la maison un grand cerf (Gallimard, 2017) touchait à la première grande disparition, celle du père, La fin des abeilles se penche sur la figure de la mère, sa très longue vie et sa fin considérablement étirée. J’écris pour tenir le choc du vieillissement accéléré de ma mère. J’écris pour être, avec elle, plus douce. J’écris pour lui consacrer sa juste place et libérer la place secrète que je dois à mon père. Omniprésente dans l’œuvre de Caroline Lamarche, où elle transporte les échos d’un monde à la dérive, la question de la disparition s’expose entre ces pages comme en plein jour. Dès l’origine, le motif de la nature saccagée traverse les textes de Lamarche – peut-être même pourrait-on considérer qu’il en est le point de départ, autant que de chute –, chaque histoire s’inscrivant en creux dans le paysage des drames planétaires : guerres, printemps silencieux, mort des insectes. 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Comme elle dépliait dans Nous sommes à la lisière la possibilité d’un nouvel espace, où se réparerait la séparation entre les humains et la nature, Caroline Lamarche compose dans La fin des abeilles un lieu depuis lequel elle puisse entrer en contact avec sa mère, la retrouver parmi les souvenirs et les silences. L’aveugle que ma mère est devenue, celle que je deviendrai peut-être un jour, je la nourris en moi. Je fais provision de détails, j’inscris dans ma rétine, par une contemplation qui s’attarde, les mouvements des arbres, des nuages, des corps. Et tout cela vibre et tremble comme au temps où, dans le regard d’un homme, je découvrais l’amour. Au fil d’un arpentage sensible de la mémoire familiale, l’autrice récolte les traces de lumière et de nuit, soigneusement balayées par sa mère pour ne pas encombrer les générations futures. Si le poids des sujets abordés demeure palpable, la délicatesse avec laquelle sont esquissés leurs contours exhale une puissance consolatoire. 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A contrario de ce que semble annoncer son titre, La fin des abeilles est un texte qui répare,  une expérience de réconciliation avec la disparition. Peut-être qu’à force de lire Caroline Lamarche, « [nous finirons] par croire que disparaître n’est rien quand on sait que les fleurs qu’on a plantées [nous] survivront  ». Louise Van Brabant En savoir plus En mars dernier, Caroline Lamarche publie chez Gallimard La fin des abeilles , le résumé d’une vie : celle de sa mère. Une femme austère, mais attentionnée, abandonnée par le destin puis retrouvée par sa fille. Un coup de cœur richement bavard, qu’un article aussi bref ne pourra traiter entièrement. En jeune lecteur que je suis, j’ai découvert Caroline Lamarche avec son roman le plus récent. Bonne ou mauvaise chose, La fin des abeilles restera sûrement un de mes romans préférés, et mon portail vers l’œuvre immense de cette autrice belge . Également poétesse et nouvelliste, ses chapitres courts répartis en trois grandes parties sont écrits avec une finesse rythmée et chantée. Ses sonorités amusées, ses ironies moqueuses, ses franchises déconcertantes et toute sa poésie rendent l’ouvrage incontournable à vos lectures estivales. Dans l’essence de ce livre, son titre mystérieux définit plutôt bien la trame du récit. À commencer par « la fin » : Caroline Lamarche présente sa mère et sa vieillesse qui lui colle à la peau… ridée. Le classement des souvenirs qu’elle rassemble et qu’elle numérote semble aléatoire, mais la vie étant faite de rebondissements, de surprises et de retours, c’est de l’incohérence apparente du passé déconstruit qu’est construit sa cohérence. 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Sa santé déclinante et son invalidité handicapante la rendent cynique et la poussent à proférer des phrases glaçantes. “C’est la dernière fois que je…” Cette sérénité dans l’exposition des symptômes du grand âge, je l’interprète comme l’aboutissement d’un processus qui a sans doute charrié pendant des mois, silencieusement, son paquet de renoncements, cette appellation chrétienne du chagrin. Publié en mars 2022, l’ouvrage ne peut être plus dans l’ère du temps. Le Covid y est un personnage à part entière. À l’heure où la dame âgée est placée dans une maison de repos, à l’été 2020, les restrictions sanitaires imposées par le gouvernement l’emprisonnent et la séparent de sa famille. Un quotidien banal est peint comme une aberration, entre les visites trop courtes, les services médicaux défectueux et les confinements extrêmes que nos aînés ont subis. Pendant des années ma mère s’est portée, dans la maison de repos et de soins la plus proche, au chevet de personnes plus mal en point qu’elle, pour de petits moments de conversation. Bénévole stakhanoviste,…