Le cavalier seul

À PROPOS DE L'AUTEUR
Herman Closson

Auteur de Le cavalier seul

Herman Closson naît à Saint-Gilles le 11 janvier 1901. Il est le fils du musicologue Ernest Closson, qui enseigne au Conservatoire de Bruxelles (où son fils sera professeur d'histoire du théâtre plus tard) et qui est un champion de la cause wagnérienne en Belgique. Il fait ses études à l'École allemande, où il a comme condisciples Géo Norge, Paul-Aloïse De Bock et Henri Michaux qui exerce sur lui, dans ses jeunes années, une forte imprégnation. Jeune érudit avide de tout lire et de tout voir, il exerce très tôt une verve critique, souvent féroce, qui ne l'abandonnera jamais, et qui fera jusqu'à la fin de l'homme Closson un parleur vif, drôle et souvent redoutable. Ses débuts en littérature sont précoces et fulgurants : il publie, à vingt ans, dans La Nouvelle Revue française, un bref roman, Le Cavalier seul, qui est avant tout une prouesse d'analyse psychologique et s'apparente aux recherches contemporaines de Proust ou de Virginia Woolf. Il y décrit avec une minutie extrême les états d'âme d'un jeune homme qui reconduit à l'arrêt du tramway une jeune fille qui n'est pas son genre, et s'immerge dans cette introspection jusqu'au vertige. C'est, au fond, le contraire d'une démarche dramatique puisqu'elle et lui n'échangent pas la moindre parole, mais la radicalité du procédé étant indépassable, il fera de l'auteur, par légitime défense pour ainsi dire, ne fût-ce que par souci d'échapper à un véritable délire interprétatif, un auteur dramatique. Le théâtre, à partir de là, sera toute la vie de Closson. Il en écrira, mais il fera aussi de la mise en scène, il commentera la vie théâtrale dans la presse, il enseignera son histoire ainsi que la scénographie (à l'école de la Cambre) et participera même, durant quelques mois, à la direction collégiale du Théâtre du Parc. Ses débuts dans l'écriture scénique, en 1923, sont pittoresques : il fait monter dans un commissariat désaffecté de Saint-Gilles, Sous-sol ou le Lavatory, où Fernand Piette, le futur animateur du Théâtre de l'Équipe, joue en travesti le soliloque d'une dame des lavabos. Cette tragédie vespasienne sera créée la même année par les Autant-Lara à Paris. Très tôt, la France s'intéresse au jeune dramaturge : son Godefroid de Bouillon, qui avait été monté par la compagnie du Rideau Gris à Marseille y paraît dans les Cahiers du Sud (1933). Ce premier abord d'un thème historique inaugure ce qui demeurera la veine dramatique principale de Closson. Non qu'il affiche un grand respect de la véracité dans l'évocation des hauts faits du passé; il ne cessera de professer son mépris pour le scrupule documentaire, se contentant, pour rafraîchir sa mémoire, de compulser le petit Larousse. Ce qui l'intéresse dans les grandes figures du patrimoine, c'est la prise qu'elles offrent à l'imaginaire, à la fantaisie. C'est ainsi qu'il aborde la Renaissance italienne dans Borgia (1944), qui sera créé par Françoise Christophe à la Comédie des Champs-Élysées. Et la même liberté présidera au traitement des légendes moyenâgeuses qui sont à la source de ses plus grands succès, Le jeu des quatre fils Aymon et Yolande de Beersel. Ces deux pièces sont typiques de sa méthode, très proche de la pratique, puisqu'elles sont écrites à la commande, pour rencontrer les besoins de troupes aux objectifs précis. Il compose ses Quatre fils Aymon (1943) pour les Comédiens routiers, qui, avant de constituer le premier noyau du Théâtre national, parcourent le pays en acteurs itinérants. Dans ces années de guerre, cette évocation de héros libertaires stimule tellement l'esprit de fronde contre l'occupant que celui-ci s'en émeut : la pièce continuera clandestinement sa carrière sous le titre Le Cheval Bayard... Maurice Béjart tirera du même texte, dans les années soixante, l'argument d'un ballet qui, présenté sur la Grand-Place de Bruxelles, remportera un véritable triomphe. Yolande de Beersel, il l'écrira spécialement pour les comédiens qui occupent, durant l'été, au début des années cinquante, le château du même nom, et qui formeront d'ailleurs le premier noyau de la Compagnie des Galeries. Closson, on le voit, aura été l'un des premiers pourvoyeurs de textes dans le cadre du grand essor que connaît le théâtre belge durant l'occupation et aussitôt après la Libération. Raymond Gérôme avait monté son Épreuve du feu dans le cadre des Spectacles du Palais qu'il animait au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles durant la guerre. Le même comédien fut aussi, avec Claude Étienne et Werner Degan, de la distribution du Jeu de Han, que Closson écrivit spécialement pour un spectacle destiné à la salle du Dôme des célèbres grottes. Passionné de Shakespeare, dont il fera l'un de ses personnages dans William ou la Comédie de l'aventure, il préconisera toute sa vie un théâtre généreux, aux personnages puissants, dotés d'une forme d'aura mythique. Pas des héros pour autant, ils sont trop déchirés pour cela, trop sujets aux pulsions contradictoires de l'ambition, de l'action, de l'interrogation et de la chair. L'intensité physique de ses intrigues a pu faire comparer Closson au théâtre panique que revendiquait Arrabal. Voilà certes une œuvre qui mériterait que l'on y revienne, parce que si elle connut de grands succès, elle pâtit aussi de rendez-vous manqués. L'un d'eux fut le projet de création de sa pièce Faux jour à Paris avec Edwige Feuillère qui fut compromis par la déclaration de guerre et la mort du grand homme de théâtre qui caressait le projet de la mettre en scène, Jacques Copeau. Auteur de nombreuses adaptations, notamment de La Chasse aux sorcières d'Arthur Miller, président du comité belge de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), Herman Closson est mort le 10 septembre 1982. Il avait été élu à l'Académie le 8 juin 1974, succédant à Adrien Jans.

AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:xfirstword - "Le cavalier seul"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => Array ( [0] => 9548 ) )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Poisson d’avril

Louis et Augustin vont faire une blague à leurs parents. Ils vont inventer qu'ils sont partis au Canada…

Brouillard

Le narrateur, aux prises avec les métastases et la chimiothérapie, évoque son passé.…

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette : Pataquès à Cadaquès

Depuis plus de 25 ans, Nadine Monfils réjouit les amateurs de polars atypiques avec ses séries à grand succès mettant en scène des enquêteurs loufoques dans des péripéties drolatiques et totalement décalées qui lui assurent une place unique dans le vaste paysage de la littérature policière. Lancée en 2021 avec Nom du pipe ! , Les folles enquêtes de Magritte et Georgette constituent certainement à ce jour sa plus réjouissante proposition en matière de fiction policière. Flirtant avec le genre habituellement plutôt sage du cosy mystery , la série met en scène, en détectives amateurs, le couple René et Georgette Magritte. Une idée aussi surprenante que réjouissante qui permet à Nadine Monfils d’exploiter ses fines connaissances de la vie et de l’œuvre du peintre surréaliste tout en célébrant une Belgique faite de fritkot et de cuistax à la mer toute droit sortie des Petits mythologies belges de Jean-Marie Klinkenberg.  Pataquès à Cadaquès emmène, en guise d’ultime aventure, le couple Magritte en Espagne, auprès de Salvador Dalí afin d’enquêter sur les agissements d’un mystérieux tueur s’inspirant des célèbres toiles du peintre espagnol dans la mise en scène de ses crimes. Une excellente occasion pour l’autrice de confronter l’excentrique et exubérant peintre espagnol avec le bien plus réservé, mais pas beaucoup plus sage, René Magritte. Un contraste qui constitue certainement l’un des plus grands charmes de ce Pataquès à Cadaquès . Du reste, les lecteurs assidus retrouveront dans cette nouvelle itération tous les ingrédients qui font le charme de ces enquêtes. Car le plus grand talent de l’autrice est assurément d’assembler sans peine et dans un remarquable esprit de synthèse anecdotes véridiques sur les personnages bien réels qu’elle met en scène, intrigue policière solide et exploration amoureuse de l’art surréaliste. Un mélange détonnant qui fonctionne avec une surprenante efficacité et témoigne de l’imposant travail préparatoire mené par Nadine Monfils pour l’écriture de cette série.On ne quittera pas sans peine cet épisode annoncé comme le dernier. D’autant plus que l’autrice réserve une étonnante surprise à la fin du roman qu’il serait bien dommage de révéler ici. Ce dernier tour de passe-passe, aussi amusant qu’émouvant, en guise d’au revoir ne manquera pas de toucher les nombreux amateurs de ces folles enquêtes à nulle autre pareille. Nicolas Stetenfeld Plus d’information Magritte et Georgette sont en vacances chez Dali et Gala, à Cadaquès. L’atmosphère idyllique se noircit lorsque Loulou, le chien de Magritte, découvre un corps de femme au visage caché par un masque à l’effigie de Dali. Le couple découvre alors qu’un tueur en série sévit à la gare de Perpignan. Ils…