En amont du fleuve. Rencontre avec Marion Hänsel


Cinergie : La plupart de vos films sont des adaptations de livres que vous avez aimés et dont vous avez perçu immédiatement les images, les décors et les personnages. La rencontre avec Hubert Mingarelli a donné naissance à une collaboration plus étroite, la coécriture du scénario. Pouvez-vous nous parler de cette rencontre ? 
 Marion Hansel : Il est sûr que quand j’ai lu, il y a quelques années, le premier roman de Hubert Mingarelli, Quatre soldats, je lui ai trouvé une écriture discrète, pertinente, économe. J’étais alors davantage frappée par son écriture que par l’histoire qu’il racontait. J’ai tout de suite éprouvé l’envie de découvrir qui était cet auteur. J’ai lu ensuite La dernière neige qui m’a bouleversée. Jusqu’où un adolescent peut-il aller par rapport à un désir ? Quelle concession est-on prêt à faire pour atteindre un rêve ? Ce thème, je l’ai trouvé très intéressant et fort. Les droits d’adaptation du livre…
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À PROPOS DE L'AUTEUR
Serge Meurant
Auteur de En amont du fleuve. Rencontre avec Marion Hänsel
"Je suis né à Ixelles, le 8 février 1946. Mon enfance fut heureuse. Je grandis dans un milieu intellectuellement privilégié. Mon père, René Meurant, était poète et folkloriste. Ma mère, Elisabeth Ivanovsky, était venue de sa Bessarabie natale (Kichineff) étudier l’illustration à La Cambre. Elle fut et demeure pour moi la source d’un imaginaire inépuisable.
Les amis de mes parents se réunissaient dans la cuisine familiale. Parmi eux, l’éditeur Georges Houyoux, le poète Pierre-Louis Flouquet, Zinaïda Schakovskoi, grande dame de l’émigration russe et Ania Staristky, la fidèle amie de ma mère.
Nous étions trois enfants et chacun d’entre nous profita de ce terreau. Mon frère Georges est un peintre d’une grande rigueur dans la poursuite de son œuvre lumineuse.
J’ai, depuis l’adolescence, toujours pratiqué l’écriture poétique comme un exercice vital.
La poésie constitue ma colonne vertébrale. Elle est mon souffle et ma raison d’exister. Je n’ai jamais douté fondamentalement de son efficacité à traduire les événements qui ont marqué mon existence et le « monde abîmé » qui est le nôtre.
Les titres de mes livres fournissent déjà quelques clés de mon univers : Le Sentiment étranger, Vulnéraire, Souffles, Brasier de neige, Visages, Le don, Ici-bas… L’évolution de ma poésie, parfois sombre et tourmentée, toujours jaillie de la vie concrète, réclame d’avantage de lumière. Elle allie l’expérimentation de la langue à la précision de l’expression de l’humain, sous toutes ses formes, des plus personnelles aux plus anonymes.
La collaboration avec des peintres, des sculpteurs, des graveurs, des musiciens et des cinéastes m’enrichit, elle ouvre mon regard à la beauté mortelle, d’une manière plus sensible, plus concrète.

Deux livres et deux auteurs que j’aime et que je propose au lecteur :
Le poème continu de Herberto Helder
La flûte aux souris d’Alexis Remizov"Serge Meurant
  • Le sentiment étranger, Bonaguil, 1970.
  • Au bord d'un air obscur, Fagne, 1971.
  • Devant neige attablés, Transédition, 1974.
  • Mais l'insensibilité grande, Le Cormier, 1975.
  • Souffles, Le Cormier, 1978.
  • Dévisagé, Le Cormier, 1984.
  • Vulnéraire, Le Cormier, 1981.
  • Etienne et Sara, Editions du Noroit, 1984.
  • Tête perdue, Le Cormier, 1985.
  • Supplie anonyme ce dos, Brandes, 1988.
  • À perte de vue, la lumière, Le Buisson Ardent, 1991.
  • Brasier de neige, Editions de la différence, 1993.
  • Solstices, L'Arbre à paroles - L'Orange bleue, Amay, 1995.
  • Passage Lumière, La Pierre d'Alun, Bruxelles, 1996.
  • Poèmes écrits pour la main gauche, Le Cormier, Bruxelles, 1997.
  • Appel allégresse, L'Arbre à paroles, Amay, 2000.
  • Le monde abîmé, Le Taillis Pré, Belgique, 2001.
  • Elisabeth Ivanovsky : Conversation avec Serge Meurant, Editions Tandem, Gerpinnes, 2001. Coll. "Conversation avec" ; n°35.
  • Visages, Poèmes 1995-2001, L'Arbre à paroles, Amay, 2002.
  • Miroirs,  Ed. Tandem, Belgique, 2002.
  • Le don, Le Cormier, Bruxelles, 2004.
  • Ici-bas, Le Cormier, Bruxelles, 2006.
  • Corps et âme, Le Cormier, Bruxelles, 2007.
  • Une saison en éclats, Esperluète éditions, 2009. (Gravures de Kikie Crèvecoeur).
  • Célébration, Le Cormier, 2009.
  • L'Orient des chemins, Esperluète, 2012. Photographies de Jacques Vilet.
  • Ceux qui s'éloignent, Le Cormier, 2014.


  • FIRST:père personnage film envie deux demi-frères - "En amont du fleuve. Rencontre avec Marion Hänsel"
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AS : L’histoire est basée sur un événement personnel ; mon père est mort dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Ça n’avait rien de politique mais j’ai voulu enquêter et comprendre ce qui s’était passé. Cela m’a menée à réfléchir à notre rapport au passé, et comment notre passé influence notre présent et notre futur. J’ai donc réalisé cette vidéo en Allemagne : un solo, moi face à la caméra. Christophe (Slagmuylder) a vu le travail et m’a suggéré de modifier la forme pour qu’elle soit plus performative, plus vivante ; de mon côté je n’étais moi non plus pas complètement satisfaite de ce travail. LVG : Tu as décidé alors d’y ajouter une actrice supplémentaire ? AS : Oui, Shadi Karamroudi, une jeune actrice. C’est en élaborant le scénario avec Soheil Amirsharifi, mon collaborateur (qui avait réalisé la vidéo), que nous avons décidé d’y ajouter l’autre « face » du texte, une deuxième voix, d’où l’idée de la relation entre une mère et sa fille. C’était comme une couche supplémentaire. Au début je pensais jouer la fille et que Shadi joue la mère, mais nous avons finalement inversé. LVG : Considères-tu que ton travail est aussi politique ? Est-ce une façon de parler du présent, du monde d’aujourd’hui ? AS : On peut y trouver des interprétations politiques. Je ne considère pas que mon travail soit lié à la politique de mon pays. Je pense -- j’espère -- qu’il est universel. Mais c’est une histoire personnelle et il se trouve que j’habite l’Iran, donc bien sûr, il y a des liens avec la réalité d’aujourd’hui, le travail de la police, etc. J’étais très déçue du fait que l’enquête au sujet de mon père n’ait rien donné. LVG : Tu as voulu narrer l’histoire d’une communication compliquée entre une mère et sa fille, dans le futur, alors qu’il y a un crime irrésolu qui les « relie »… AS : Oui, comment, dans le futur, nous racontons et nous nous remémorons le passé et comment nous traitons le matériau que nous avons à disposition pour reconstituer l’histoire et la « vérité historique ». LVG : Une mémoire familiale nébuleuse peut bloquer la vie dans le présent, c’est ce qui arrive à cette fille. Elle ne parvient pas à avancer à cause de ce qui est arrivé. Quelque part, elle est autant empêchée que sa mère qui se trouve dans le coma, comme si sa vie s’était arrêtée. AS : Oui, elle est « suspendue » dans le passé et le présent lui sert uniquement à essayer de comprendre ce passé. LVG : Ce n’est pas anodin que ce soient des femmes qui échangent car elles sont en général en première ligne pour transcender les histoires du passé aux nouvelles générations. 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Et enfin, Guerrilla (collectif El Conde de Torrefiel, Barcelone), vu l’année dernière……