un récit intimiste abordant un sujet peu vu en littérature de jeunesse
ChOuia n’est pas un petit garçon comme les autres. À l’école, les autres enfants ne le comprennent pas toujours. Alors ils se moquent, ils disent qu’il est différent. Les adultes le pensent aussi : inadapté à l’école, aux règles, à la vie. Alors un jour, ChOuia doit partir :
« C’est un enfant inadapté
Inadapté à notre école
Adressez-vous à une école spécialisée
Nous ne pouvons plus accueillir ChOuia
Au revoir je suis désolé »
ChOuia, lui, ne comprend pas, c’est la nuit dans sa tête, les autres demandent ce qu’est un « Ochtisk », balbutiement d’une différence que les enfants ont du mal à saisir. Mais ChOuia ne sait pas non plus, c’est la nuit dans sa tête.
Dans ce récit en vers libres dans lequel on suit les pensées d’un enfant extraordinaire, on découvre le quotidien d’une différence qui isole car dans la nuit, on est aveugle et on ne comprend pas : de quoi parle ChOuia, comment il voit le monde, comment il le ressent. Franck Fenestre nous offre alors un récit pour découvrir un monde, en négatif du nôtre : une nuit qui doucement se colore quand ChOuia va dans une école spécialisée avec d’autres enfants :
« J’ai une drôle de sensation
L’impression que ma nuit
Peu à peu s’allumait »
Le texte, accompagné d’illustrations d’Alexandra Dion-Fortin qui retracent avec douceur les paroles de ChOuia, rend finalement compte d’une réalité : l’isolement par la différence. La différence qui se montre par une langue vacillante mais poétique, par la vision d’un monde à côté d’une norme arbitraire. Mais Une nuit dans la tête retrace également une amitié qui se forge, la découverte de soi et celle de ses sentiments.
Après La fin des trucmoches (2023) paru chez L’Art-Dit, Franck Fenestre revient avec un récit intimiste abordant un sujet peu vu en littérature de jeunesse. Mais au-delà de l’autisme, l’auteur nous invite à réfléchir sur notre propre vision de la société, montrant qu’il y a autant de nuances dans la vie que dans la nuit :
« ZOé quelle couleur tu préfères
Elle me dit noir bouton d’or
Et noir bleuet et noir violette
Et noir coquelicot
La couleur des vraies fleurs »
De plus, en usant d’une langue volontairement fluctuante et balbutiante, Franck Fenestre prend plaisir à jouer avec les mots, nous obligeant parfois à relire un mot ou l’autre pour en saisir le sens, même s’il s’avère souvent multiple. Une nuit dans la tête est donc un récit pour celles et ceux qui veulent s’ouvrir aux mondes en jouant avec les mots… et les couleurs.
Valère Schacht