Troupeau de Sarah Cheveau est un album jeunesse qui parle de la vie des brebis, chèvres, agneaux, chevreaux… Tous ces animaux qui constituent un troupeau dont les bergers ou bergères et leurs chiens s’occupent. Sur la page de garde, il y a un petit texte qui explique les deux saisons qui rythment l’existence du troupeau : l’hiver dans la bergerie, l’été dans les alpages. À part cette introduction et d’autres informations qu’on retrouve à l’intérieur de la jaquette, c’est un album muet. Mais il n’en reste pas moins riche et inventif.
En fait, son intérêt réside ailleurs.
Ce qui fait l’originalité de Troupeau, ce sont les différentes manières dont on peut l’aborder. L’album se lit d’abord comme un livre classique : on tourne les pages, tout simplement. On admire alors les paysages et les animaux qui y sont dessinés. On arrive assez vite à la fin, mais c’est à ce moment-là que tout le potentiel du livre se révèle. En effet, si l’on retire le livre de sa jaquette, comme on est invité à le faire, on se rend compte qu’il s’agit en réalité d’une sorte de leporello (un livre horizontal plié en accordéon) et qu’il cache des illustrations à son verso : d’autres animaux, à la queue-leu-leu. Encore mieux, il est possible de plier et de déplier le livre de plein de façons pour juxtaposer les pages entre elles, créant ainsi de nouvelles compositions, et de grands panoramas. On peut aussi installer le livre debout, lui donner de la place dans l’espace, en faire le tour. La lecture se transforme en un jeu et la narration se crée au gré des assemblages.
Les illustrations sont magnifiques, on dirait de petits tableaux. Il y a une force dans la simplicité des masses et contre-formes dessinées au fusain. Je trouve assez poétique la cohérence de textures et de couleurs entre les animaux et les paysages. La palette limitée et contrastée crée une ambiance à la fois douce et sombre, brute mais chaleureuse. Il y a de belles images, comme cet agneau noir très mignon, ou bien ce mystérieux bouquetin à l’affut en haut de la montagne.
Dans un premier temps je n’osais pas trop le manipuler, par peur de l’abîmer, mais en voyant que le livre était en fait bien solide je me suis amusée à découvrir toutes les déclinaisons qu’il offrait. L’expérience qui résulte de l’assemblage des images est à la fois ludique et esthétique, intéressante pour les petits et les grands. Quand on assemble les panneaux entre eux, et qu’on choisit les images que l’on veut mettre en valeur, on se sent un peu artistes, nous aussi. Ça donne envie de le garder ouvert, de l’exposer sur une étagère et d’en changer la composition quand on en a envie.
C’est un merveilleux livre-objet.
Enfin, le travail qui a été fait sur la maquette et notamment l’utilisation de la jaquette qui a été optimisée, est remarquable. On a l’habitude de trouver des informations à l’intérieur de la jaquette, mais pas autant qu’ici, où tout l’espace est occupé et mis à contribution, recto comme verso. On y trouve tout le vocabulaire et les définitions nécessaires pour s’imaginer des histoires à partir des illustrations, mais aussi des indications de lecture et des exemples des différents panoramas pour encourager à s’approprier le livre. Il y a même un QR code pour aller écouter des sons de la montagne.
Un voyage ludique et poétique dans les alpages !
Nausicaa Gournay