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Stella onze ans, presque douze est une plongée, à la première personne, dans les émotions d’une enfant qui voit poindre les galères de l’adolescence. Une petite pépite à placer dans les mains des filles de 6e primaire… et de leurs parents.

Stella se sent dépassée quand arrivent ses premières règles. Ce n’est pas seulement son corps qui change, c’est aussi le regard que les adultes portent sur celui-ci et sur elle, en premier lieu son père. Pourquoi ne peut-elle plus être sa petite fille ? N’est-ce pas déjà assez compliqué de ne plus comprendre son corps et de vouloir le cacher en dessous du même sempiternel sweat ? Doit-elle également entendre qu’elle « déborde » de son maillot de bain ? 

Certain·es diront que Stella est un peu « drama queen ». Qu’a-t-elle fait au bon Dieu pour devoir vivre les « Petits Problèmes Du Mois » , comme les appelle sa grand-mère ? Et pourtant, chaque fille face aux changements de l’adolescence, chaque femme face aux transformations de son corps, comprend la colère ou les larmes qui ont envie de couler, quand viennent s’ajouter les commentaires malheureux de nos proches. Notre héroïne nous partage sans filtre l’incompréhension, les émotions, qui débordent-elles aussi, les réactions à fleur de peau, les coups de mou et les accès de mutisme.

Ne vous méprenez pas. La vie de Stella n’est pas complètement noire pour autant. Certes, sa famille est atypique. Son père a toujours été présent, mais de loin, entre deux missions. Il est davantage le pote cool que le papa cadrant. Le quotidien, ça été jusqu’ici sa mère, sa sœur et elle. Et c’est complètement ok (d’ailleurs, on en veut bien encore des configurations familiales qui sortent des clous). Sans malentendu, sa mère voulait des enfants, son père, être tonton. Et si les paroles de celui-ci sont maladroites, il reste un allié. Il est là pour ses filles le jour où leur mère, en perte de sens, décide de partir marcher pour se retrouver. 

Au tableau familial, il ne faut pas oublier Louise, la grand-mère. Elle vient compléter ce noyau féminin résolument moderne. Elle est une figure essentielle pour Stella : un modèle de combat contre la maladie et de résilience. Celle qui lui montre comment l’art (sur le papier et sur la peau) peut transformer la douleur en beauté. Celle qui parle sans tabou, qui a compris que partager son expérience, parler du corps des femmes, apaise et transmute la honte. 

D’un roman dont le titre annonce le lectorat, Anne Deneufbourg réussit à faire un récit intergénérationnel qui met en scène une féminité plurielle où les bouleversements de la vieillesse répondent à ceux de l’adolescence. 

Nathalie Nikis