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C’est une toiture en zinc, composée de losanges à forme carrée disposés en quinconce. Son gris n’est pas uniforme, l’oxydation ayant créé un heureux damier aux teintes d’un ciel bas. Elle chapeaute une bâtisse rustique, dont le crépi tend plus vers le beigeâtre que de l’immaculé, une facétie des saisons. En revanche, la maçonnerie séparant les niveaux et entourant les percées clinque d’un blanc frais. À l’étage, des pots de fleurs et un vase ornent les fenêtres protégées de stores bordeaux, tandis que la porte d’entrée en bois bâille légèrement. Devant, un parterre en galets accueille d’autres jardinières et des plantes grimpantes, ainsi qu’une petite chaise, parfois. Du dehors, il paraît faire bon vivre dans cette demeure juchée sur une colline, entourée d’un rempart végétal.

Une dame aux cheveux ramassés dans un chignon gris y habite, seule. On l’imagine veuve, soignée, paisible, attachée à ses souvenirs (nichés dans des cadres et des objets décoratifs) et ceux qu’elle aime. Elle reçoit d’ailleurs chez elle ses enfants et ses petits-enfants lors de séjours hors du temps. Il y a alors des livres lus contre un mur, des courses dans les champs, des morceaux joués au piano, des claquements de porte et des jouets qui traînent. Mais ce joyeux bazar prend toujours fin à un moment : les valises se referment et s’entassent alors dans le coffre, les embrassades s’éternisent, et ensuite le silence et le vide s’insinuent, aussi insidieusement qu’une pluie de novembre. « Et puis, à son tour, c’est elle qui est partie. Sans prévenir, sans revenir. » Telle une étoile filante dans une nuit constellée. 

C’est à présent la maison qui se sent désemparée. Que va-t-elle devenir ? Rester à l’abandon et disparaître sous le lierre ? retrouver des occupants qui lui rendront sa chaleur d’antan ? accueillir des personnes perdues ? se transformer en refuge pour araignées, biches et grains de poussière ? Tout dépendra du bon vouloir des humains car, sans une âme protectrice, impossible pour une demeure de ne pas dépérir… C’est ce que le récit tendrement mélancolique d’Anne-Sophie Plat met en lumière : ce que l’on considère parfois hâtivement comme un simple tas de briques est cimenté par une vibration profonde et invisible, celle de l’attachement. Ce lieu protège autant qu’il faut le préserver, abrite autant qu’il faut l’habiter, enveloppe autant qu’il faut le chérir. Agilement, en économie de plans, Giulia Gallino donne au matériau littéraire de Plat une texture sensible. Ainsi, si la narratrice singulière de l’album soupire : « Combien de liens se sont créés sous mon toit ? », c’est sans oublier celui, magique, d’une conteuse délicate et d’une illustratrice aux feutres colorés.

Samia Hammami