Le récit de Petite crasse se déroule dans un petit village situé en Belgique, il s’étend sur 6 années et est divisé en 4 parties, ce qui nous permet de reprendre le fil de l’histoire de l’héroïne, Judith, tous les 2 ans, de ses 11 à 17 ans. Le roman commence dans le feu de l’action : Judith surprend les ébats nocturnes de sa mère avec son amoureux secret. S’ensuit une dispute, mais la réconciliation ne peut avoir lieu car la mère de Judith a un grave accident de moto qui la plonge dans le coma. Notre héroïne est alors obligée d’aller vivre chez le seul membre de la famille qui lui reste, sa grand-mère maternelle qu’elle appelle BM. La cohabitation avec cette dernière n’est pas simple car BM est à cran depuis que sa fille est entre la vie et la mort, elle explose à la moindre occasion et est désormais animée par une idée fixe : se venger du camionneur imprudent qui a blessé sa fille.
Même si sa mère est hospitalisée, cela n’empêche pas Judith de faire des bêtises typiques de son âge, animée par des hormones en ébullition. Le hic, c’est que l’histoire se déroule dans les années 90, dans un climat empreint de religion chrétienne. Judith est alors vite qualifiée de diablesse aux actions impures et à l’âme sale, simplement parce qu’elle montre qu’elle se pose des questions sur un sujet que les adultes préfèrent éluder, à savoir le désir sexuel.
Au fur et à mesure que nous avançons dans le récit, nous découvrons que le coma de la mère de Judith se prolonge, mais aussi que sa vie d’adolescente se poursuit avec ses amies Nath et Ethel, traversant au fil du temps les étapes initiatiques propres à l’adolescence (il s’agit de toutes les « premières fois » que vous pouvez imaginer).
Petite crasse est un roman d’initiation destiné aux adolescents à partir de 13 ans et rédigé dans un style spontané et parfois crû qui plaira sans aucun doute au public cible (il est en outre parcouru de belgicismes qui rendent le récit savoureux). Par ailleurs, outre la crise d’adolescence et ses difficultés propres, des thématiques intéressantes sont abordées, comme la possibilité du deuil durant le coma de la mère et la culpabilité (Judith se croit responsable de l’accident de sa maman).
La force du récit est d’aborder sans tabou et avec légèreté une thématique qui obsède les jeunes, la montée du désir, et ce, dans une société pétrie de patriarcat qui stigmatise durement les jeunes filles qui ne souhaitent pas rentrer dans la norme. Judith arrivera-t-elle à se construire une identité solide dans ce contexte étouffant ? Parviendra-t-elle à oser être celle qu’elle veut devenir, malgré les injonctions paradoxales qui l’accablent de tous côtés ? Pourra-t-elle se pardonner d’être un être imparfait ? Vous le découvrirez en lisant l’histoire…
Séverine Radoux