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Avec Nénette au 7B, Ingrid Denil signe un premier roman qui touche droit au cœur. Elle nous embarque au 7B, un foyer qui accueille des enfants placés par le juge, et nous invite à découvrir un univers souvent méconnu.

« Maman m’a dit qu’elle ne voulait pas vraiment de moi parce qu’elle n’avait que 17 ans quand je suis née. Elle a dit qu’elle était trop jeune et que c’est pour ça qu’on m’a mise au 7B. Je me suis dit que c’était n’importe quoi et Linda m’a dit que ma maman aimait bien faire la fête, qu’elle buvait beaucoup d’alcool et fumait des cigarettes qui sont interdites. [...] Un jour, quand j’avais trois mois, les policiers sont venus dans l’appartement. Ce sont les voisins qui les avaient appelés. Mes parents s’étaient disputés vraiment fort. La police m’a emmenée et je suis allée quelque temps à l’hôpital. Je devais reprendre du poids car j’étais trop mince. Je ne suis plus jamais retournée vivre avec Maman et Papa. Je suis entrée au 7B. »

Dès les premières lignes du roman, nous faisons un immense plongeon dans l’univers des enfants placés en institution. Nous partageons leurs joies, leurs peines, leurs attentes, mais aussi leur incroyable capacité à avancer malgré les blessures de l’enfance.

La force d'Ingrid Denil réside dans le choix de mots simples et justes. Elle explique sans juger, sans donner de leçons, sans céder à la colère ou à la facilité de désigner des coupables. Les parents de Nénette apparaissent dans toute leur complexité : complètement défaillants, mais profondément humains.

Pour rendre son récit encore plus juste et intense, l'autrice choisit de faire entendre directement la voix de Nénette. Nous suivons le fil de ses pensées et de ses émotions. Nous ressentons avec elle l'attente des visites de sa maman, l'incompréhension et ce sentiment d’injustice qui la traverse lorsqu’elle ne vient pas. La surprise et la colère quand son père réapparaît dans sa vie. Nous assistons, impuissants, aux tentatives maladroites de ses parents pour retrouver une place auprès d'elle. 

Nous découvrons également le quotidien de ces jeunes enfants : les trajets en camionnette vers l'école, les regards parfois lourds de préjugés, les remarques maladroites ou compatissantes. Autant de situations qui rappellent que les blessures ne sont pas toujours là où on les imagine.

À plusieurs reprises, je me suis surprise à penser à certains élèves placés que j'ai rencontrés au cours de ma carrière d’institutrice. Je pense notamment à une petite fille croisée il y a quelques années, qui avait constamment avec elle une boite à colère car elle avait beaucoup de mal à gérer ses émotions. Je me souviens aussi de son besoin de s'inventer une vie à la hauteur de celle de ses camarades. Des silences lors de la préparation des cadeaux de la fête des mères ou lors des distributions de courriers « Chers parents ». J'aurais aimé avoir lu ce roman à l'époque pour mieux comprendre leurs mots, leurs réactions, leurs silences, leurs émotions.

Heureusement, Nénette ne raconte pas seulement la souffrance et les difficultés quotidiennes. Au foyer, la petite fille tisse des liens avec des enfants aussi fragilisés qu’elle, qui deviennent peu à peu des frères et des sœurs de cœur. À leurs côtés, des éducateurs et Linda, une assistante sociale incroyable, s'efforcent chaque jour d'offrir un cadre rassurant et de recoller les morceaux d'enfances malmenées. Un travail difficile et exigeant.

Finalement, ce premier roman rappelle avec beaucoup de sensibilité l'un des rôles essentiels de la littérature : nous permettre de rencontrer des réalités différentes des nôtres. En ouvrant une fenêtre sur le quotidien des enfants placés, Ingrid Denil propose aux jeunes lecteurs (et aux plus grands) une occasion précieuse d’ouvrir des fenêtres sur d’autres réalités pour permettre de comprendre des parcours de vie différents, sans caricature ni simplification. 

Un roman très humain, porté par une grande justesse de ton, qui mérite d'être lu et partagé. 

Catherine Garcia Calero