un récit délicat
Alors qu'il n'a que dix ans, Germain décide de rédiger ses mémoires. Le meilleur moyen, selon lui, pour que le temps s'arrête et cesser de grandir. Dans sa quête à la gloire et à l'immortalité, il s'invente un nom de plume, Raoul Underwood, car, il en est certain, ses mémoires lui vaudront une renommée sans pareil.
Attelé à sa machine à écrire Germain pianote sur les touches et nous raconte les différents événements qui ont marqué ses premières années : la mort de son chat, les vacances chez ses grands-parents, la disparition de son oncle... Mais un sujet tente de revenir à la surface pour être posé sur le papier, au grand dam de Germain qui souhaiterait l'enfermer et l'oublier à tout jamais : le « Gros Truc » ne sera pas abordé dans ses mémoires. Alors que Germain, ou plutôt, Raoul dialogue avec des journalistes imaginaires qui ne cessent de l'interviewer concernant les différents éléments de sa biographie, une question pressante et oppressante revient sans cesse : il faut aborder le Gros Truc pour le bien de l'oeuvre et la véracité due à ses lecteurs. Discrètement, se cachant derrière l'apparence d'un journaliste fouineur, son inconscient lui permet enfin d'exprimer ce qu'il n'ose dire.
Mémoire d'un garçon agité est un récit délicat qui permet d'aborder la question du deuil et du sentiment de culpabilité à hauteur d'enfant. Les pointes d'humour et les dessins très doux, presque enfantins permettent d'apporter une certaine légèreté à une histoire d'une profondeur et gravité certaines. Du haut de ses dix ans, Germain doit apprendre à vivre « sans » et chercher ce qui lui donnera la force et l'envie d'avancer et de grandir. Le scénario de Zabus séduit par sa justesse et la place qu'il offre à l'émotion grâce à des textes sobres et un dialogue direct entre Germain et le lecteur. Au pinceau, Valérie Vernay donne vie aux histoires du jeune Germain dans des tons monochromes, chaque chapitre de ses mémoires étant associé à une couleur, permettant de faire des aller-retour dans la mémoire du jeune narrateur. Le trait expressif de Valérie rappelle les livres jeunesse, avec des personnages aux visages arrondis et aux grands yeux. Un décalage parfait pour illustrer ce scénario de Zabus qui aborde la mort, la culpabilité et l'injustice tout en en atténuant les angoisses par un dessin réconfortant.
Julie Leclerc