un récit de SF à suspens bienveillant et pop
Maren est jeune, fauchée, fait des ménages dans des maisons de bourges pendant que ses copines fêtent gaiement leur EVJF ou le prêt pour leur maison. Maren se sent seule. Maren est en break up, et l'on rencontre Maren et son chagrin le jour de la Saint-Valentin.
Maren 4 fever est la première bande dessinée de Mélanie Utzmann-North, publiée à compte d'éditeur - ici, En 3000 éditions. Les lecteurices et collectionneureuses de fanzines bruxellois auront peut-être déjà pu apercevoir le trait bien reconnaissable de l'autrice dans les numéros de Gossip for Breakfast ou l'édition collective Fanatic Female Frustration.
Le dessin de Mélanie Utzmann-North est d'une finesse quasi poétique. Des aplats gris de crayon ou de graphite, plus ou moins abstraits, viennent doucement ternir ou ombrager un trait noir, droit et hésitant, esquissant sobrement les contours des personnages et des décors qu'iels habitent. Au premier coup d'œil, une impression de rigidité émane de ses dessins. Son trait sobre est droit, les maisons carrées, les nez de ses personnages souvent anguleux, les mentons bien soulignés... Mais lecture faisant, cette prétendue rigidité se meut rapidement en sensation de mouvement. L'attention portée au trait et au détail bien choisi traduit un dessin riche et précis.
Pendant qu'elle gère sa rupture et le chagrin qui va avec, ces formes grises vivantes arrivent à Maren par flash. D'abord un genre de dessin d'étoile lui amène un sac, puis un sweater. Notre héroïne voit apparaître derrière elle des taches de moisissures, et de petits animaux – gerbilles, chats, renards, fennecs, corbeaux... – arrivent dans son jardin puis dans sa maison. On comprend bien vite que ces mystérieuses apparitions viendraient d'ailleurs que de la terre, de l'espace peut-être... Différentes formes de vies arrivent à Maren, quand elle traverse difficilement la sienne.
La BD de Mélanie Utzmann-North laisse une belle place au doute et à l'inconnu : les aliens ne sont pas de petits bons hommes verts aux gros crânes, mais une présence chaude et odorante, semblant d'abord hostile, puis bienveillante et attachante. Le récit se tisse doucement autour de ces nouvelles présences mystérieuses, celles-ci semblant moins défrayer la chronique qu’adoucir les relations entre humains et non humains.
Dans sa première BD, l'autrice réussi à créer un récit de SF à suspens bienveillant et pop. À lire 4 ever.
Maïa Hamilcaro-Berlin