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Ce court roman de Daniela Ginevro, publié dans la collection « Je lis, je vis », s’adresse à de jeunes lecteurs autonomes, dès 9 ans. Une première lecture tendre pour enfants sensibles qui ont l’impression qu’on ne les voit pas. 

Bégonia se sent invisible. Alors, elle observe le monde : celui de son quartier, depuis la fenêtre de la salle de bain, en compagnie de son chat ; celui des petites bêtes qui peuplent son jardin, en écoutant les chamailleries des jeunes triplés, que leurs parents cherchent sans cesse. Bégonia connait les petites habitudes de chacun, donne des surnoms à ses voisins, comme celui « en-costume-qui-n’est-jamais-là ». Elle remarque bien que M. Karim, le fromager, n’est plus aussi heureux qu’avant. Mais on lui rappelle de se mêler de ses affaires. 

Et puis, un jour, le petit univers de cette enfant s’élargit : de personnages imaginaires, de nouveaux rituels, mais surtout de belles rencontres, qui lui montrent qu’elle a aussi un impact sur les autres. Elle fait la connaissance de Rosalie, la maman de son voisin absent, qui s’apprête à aller vivre en maison de repos. 

La vieille dame réunit les « âmes solitaires ». D’abord Bégonia, avec qui elle tisse un lien sincère, autour du thé, de la gourmandise et du gout pour la lecture. Mais à travers cette amitié transgénérationnelle, l’autrice redonne également vie à tout un quartier. En même temps que sa jeune héroïne prend confiance en elle, ses voisins renouent autour de moments partagés et de petits commerces : une librairie, une boutique de fleurs et une fromagerie. Qui nous ramènent aux plaisirs simples. Cela peut passer pour des « petits riens », mais, mis bout à bout, ils constituent une vie en soi, un microcosme dont il est important de prendre soin. L’autrice remet au centre les liens humains, qui nourrissent et font pousser une petite fille timide, qui accompagnent les nouvelles étapes de l’existence, qui rendent plus doux les passages et les transitions, surtout quand ils sont vécus ensemble. 

Ce récit rappellera à nos enfants discrets qu’ils sont aussi éclatants que le sourire de Bégonia. Un premier roman à lire seul ou à partager. 

Nathalie Nikis