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Attention objet graphique non identifié ! 

Jérémie Gasparutto, dont on avait déjà pu apprécier le travail sur DoggyBags, publié par Ankama, revient avec une petite pépite graphique. Ce livre va désarçonner les amateurs de bande dessinée classique tout en séduisant ceux et celles qui apprécient l’illustration dans le sens noble du terme. 

La bande à Run et Mathieu Bablet vise encore juste en nous proposant une claque dont ils ont le secret. Avec Jérémie Gasparutto, on découvre un univers qui fait vaciller notre conception du roman graphique. Rien que ça ! 

Dans un gros volume de 152 pages, mis en facture dans un beau travail d’édition, l’artiste nous offre une longue balade par monts et forêts. Un parcours surprenant où le dessin est l’objet même du récit. Avec une finesse de traits et une intelligence de composition, nous traversons les paysages sans jamais nous ennuyer. Dans un long texte en prose, tout en poésie, l’auteur nous invite à nous interroger sur notre monde. Celui d’un anthropocène, qui détruit la nature environnante. En questionnant la place de l’homme, sans imposer une réponse, nous sommes presque dans une dystopie douce. Un récit sans histoire, sans personnages, sans situation initiale, et qui pourtant a toutes les qualités de la science-fiction. 

Cette épopée graphique se montre à la fois douce et d’une grande violence. La douceur de la nature, de l’environnement, le retour au calme qu’elle procure, est mise en balance avec l’impact humain. Celui qui bouleverse l’équilibre, par ses technologies, ses guerres, son pas lourd sur les prairies. 

Ce plaisir des yeux, offert par l’auteur, n’est pas là pour vous dire quoi penser. Il suggère. Il offre un plaisir de l’apaisement, dans un monde en perpétuel mouvement. Il propose un hommage à la vie, dans une époque où la mort et la destruction sont à la une des JT. Jérémie Gasparutto nous invite à débrancher le poste de télévision, à éteindre nos téléphones, à nous couper de la technologie, pour renouer à l’essentiel. Dans son voyage halluciné, il se perd pour mieux être crédible. Il se détourne de ce que l’on s’impose au quotidien. Il offre une vraie proposition artistique bien singulière, pour sortir de l’habitude éditoriale. 

Vous l’aurez compris pour réussir cet exercice de funambule, sans verser dans le cliché ou le pathos, il en faut de la maîtrise. Souvent, je m’interroge quand je prends entre les mains un livre du Label 619 : qu’est-ce qu’ils vont encore nous inventer ? Rarement, je suis déçu. Et presque toujours, j’en ressors avec l’impression d’une réinterrogation du médium de la bande dessinée. Cette fois ne fait pas exception. 

Je dis un grand « oui » à cet album coup de cœur. Je vous mets au défi de débrancher quelques instants. Je ne peux pas vous assurer que vous serez dans un récit confortable, qui vous réconforte car il est habituel et similaires à d’autres aventures que vous avez pu lire. Non. Je vous invite à vous mettre en difficulté, à lire autrement. Mais vous verrez comme c’est plaisant de se laisser aller au gré du dessin de Jérémie Gasparutto

Moi, je suis déjà prêt à retourner avec lui sur le chemin derrière la maison. 

Clément Fourrey