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Dans la ville de Mouais, toponyme ironique qui résume à lui seul l’apathie ambiante, rien ne se passe. Jamais. Petite ville industrielle abandonnée par les usines puis désertée par les jeunes générations, seules quelques âmes peuplent encore ses rues et surtout son café. François, Michel, Dimitri... le bar du village, ultime bastion d’une forme de sociabilité, voit les mêmes visages défiler chaque soir. Pourtant, cette soirée s'annonce différente, Michel a eu une idée ou, plutôt, une illumination : il est temps de briser le train-train hypnotique qu'est leur vie et de monter une pièce de théâtre ! Mais dans la nuit, Michel meurt. Pas de chance. Son meilleur ami François, héros malgré lui de l'histoire, se retrouve déchiré entre l'envie d'organiser cette pièce, en hommage à son ami, et celle de tout laisser tomber pour retourner dans le monde du silence et des émotions anesthésiées. C'est sans compter l'arrivée de Fanny, artiste embauchée pour 6 semaines d'ateliers de théâtre de rue et qui va mettre un grand coup de pied dans la fourmilière du village de Mouais pour le sortir de l'inertie. En invitant chacun à prendre la parole, geste simple en apparence mais radical dans ce petit monde où le silence fait loi, elle insuffle une nouvelle dynamique dans ce village endormi.

C'est précisément sur ce silence que Zabus, le scénariste, ouvre la porte. À travers une galerie de personnages masculins écrasés par une souffrance psychologique encore peu exprimée et résolument patriarcale La fragilité des hommes aborde une thématique encore en marge de notre société : le silence masculin. Alcoolisme, dépression, regrets diffus, autant de symptômes d’un mal-être contenu, empêché par les normes d’une virilité héritée. La déconstruction progressive de ces carapaces émotionnelles révèle toute la fragilité et la solitude imposées par les normes sociales. Non pas que l'envie manque, mais faire le premier pas, sortir du carcan de « l'homme fort » demande un effort inouï, comme en témoigne la panique des personnages du récit. Le personnage de Fanny, artiste de théâtre de rue amenée à faire parler son public, à dialoguer et à recevoir les témoignages de tout un chacun, va créer, outre une bouffée d'air frais, une véritable libération de la parole.

Une fois de plus, Zabus s'attaque, avec brio, aux méandres de la psychologie humaine. Après Incroyable et son petit bonhomme hypocondriaque puis Mémoires d'un garçon agité abordant le deuil chez les enfants, nous voici lancés dans le mal-être masculin silencieux. Au dessin, Nicoby prend le crayon pour donner vie à cette histoire et réussit à créer une présence touchante et maladroite qui suscite un élan de tendresse pour ce grand dadais de François qui a très peu de charisme. Après avoir créé ensemble Le Génie de la forêt et Nos rives partagées, le duo se reforme pour nous offrir une BD très feel-good mais qui prête à réfléchir et à se questionner : savons-nous vraiment comment vont les hommes de notre entourage ?