La famille, les amis et la pasta, c’est sacré ! Et si tu veux être un vrai « loup » (un super pote en Louviérois), il te faudra partager des moments conviviaux autour d’un bon repas ou des festivités du Carnaval, te montrer digne de confiance et venir en aide à ceux qui te sont proches.
Si vous deviez tomber sur une lettre écrite par la personne qui vous est la plus proche, alors âgée de 11 ans, que ressentiriez-vous ? Et si cette personne était vous-même, relatant ses rêves et ses aspirations d’enfant ?
Tel un journal intime, La famille, les amis et la pasta est un court récit épistolaire un peu particulier, retraçant l’année en 6e primaire de Théo, louviérois aux origines siciliennes. Son institutrice, Mme Emeline, entame la rentrée scolaire avec un devoir pour le moins spécial : écrire une lettre à la personne que l’on sera dans 20 ans.
De quoi Théo voudra-t-il se souvenir ? Quel enfant est-il maintenant et quel témoignage veut-il laisser à l’adulte qu’il sera ? Parce que Mme Emeline confie à ses élèves qu’en grandissant, nous avons tendance à effacer les traces de notre enfance et alors, nous ne comprenons pas l’adulte que nous sommes devenus.
Si Théo commence par réaliser l’exercice de mauvaise grâce, il se prête bientôt au jeu et conclue un pacte avec son institutrice : s’écrire régulièrement pour remonter ses points en français. Il découvre la dimension exutoire et les vertus thérapeutiques de l’écriture de l’intime. Et il en est bientôt convaincu, à tel point qu’il conseille bientôt son « remède » à d’autres.
On découvre alors dans ses lettres un garçon qui joue les durs, de l’école au terrain de foot, mais qui n’a pas peur de montrer sa sensibilité, derrière ses boucles blondes, ses kilos en trop et son bulletin dans le rouge. L’autrice, à travers son héros, nous emmène dans cette année de transition qui précède l’obtention du CEB. Elle dépeint ces enfants qui aiment encore se blottir dans les bras de leurs parents, se déguiser pour le Carnaval et construire des cabanes, mais qui, en bons pré-ados, râlent sur les règles parentales, préfèrent la compagnie de leur bande et prendraient presque le domicile familial pour l’hôtel des étudiants en kot (on y rentre pour manger et dormir).
Mais la famille, pour Théo, c’est crucial. S’il file souvent de la maison, c’est pour se réfugier chez son grand-père – son modèle – et déguster sa pasta. Attaché à ses racines siciliennes, son Nonno lui raconte l’enfance difficile au village, l’arrivée en Belgique, le travail pénible et le rejet des Belges. Lui aurait adoré faire des études, alors que Théo déteste rester assis sur une chaise à l’école. Mais ils l’auront ensemble ce diplôme !
Puis Théo découvre les premiers émois de l’amour et de la jalousie. À quoi bon continuer à jouer au foot, si c’est pour rentrer et se sentir exclu de ce trio qu’il forme avec son meilleur ami Massimo et Milena, la nouvelle, à l’histoire aussi mystérieuse que triste ? Mais c’est à lui que la jeune fille accorde sa confiance, et Théo fera tout pour lui venir en aide.
Entre Les Carnets de Cerise (BD) et Le Journal de Samuel (série Arte à succès), l’autrice nous propose un héros attachant et plein de vie, bien dans ses baskets malgré les soucis, petits et grands, du quotidien. Elle traite de sujets sensibles, à hauteur d’enfant, sans manichéisme ni pathos, dans un récit un peu « vintage » au charme désuet et aux valeurs essentielles. Ici, pas de smartphone ni de surconsommation : on joue dehors, sans crainte, on se retrouve sur le terrain de foot du quartier en traversant le jardin des voisins, on prend soin des autres et de son environnement.
Si ce court récit est destiné à la jeunesse, avec sa happy end et son écriture adaptée, il n’en reste pas moins une nouvelle émouvante, qui saura toucher les adultes. À lire d’une traite !
Nathalie Nikis