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Le nouvel album d’aNNe herbauts est un récit de guerre et de paix autour d’un café. La couverture, d’un bel orange vibrant, présente la forme d’une cafetière blanche, en creux. Au fond de celle-ci, un personnage dort comme un bienheureux. L’autrice-illustratrice bruxelloise aime s’emparer du support livre pour en utiliser toutes les possibilités. Ainsi, les pages de garde font déjà entrer dans le récit : elles sont recouvertes de petites pommes, dont on comprend qu’il s’agit du motif d’une nappe recouvrant une table. Sur celle-ci, une cafetière se tient, bien droite. Mais sur la page de titre, elle tangue, son couvercle perd l’équilibre, et même une partie du titre dégringole. À la page suivante, la cafetière est à moitié sortie du champ de la page, et puis la voici renversée, et le café s’est répandu. 

« Ce devait être une belle histoire, mais… » 

Autour d’une cafetière, il y a un chien, un chat, un oiseau, un escargot. 

Mais le chat voit l’oiseau qui suit l’escargot, et le chat bondit et l’oiseau s’envole et… la cafetière se renverse. Il y a des traces noires de café partout dans le livre. Patatras, tout est parti à vau-l’eau, c’est le temps du chaos.

Puis vient le temps des accusations : « C’est à cause de… », « C’est lui qui… »

Puis vient le temps de la défense : « C’est pas moi ! », « Menteurs ! ». Les regards sont fermés. 

Jusqu’à ce que Marc le café (qui dormait auparavant au fond de la cafetière) se fâche tout noir. Il gronde : « JE PENSE QU’IL EST TEMPS DE PASSER À AUTRE CHOSE ! »

Vient alors le temps de la réparation : on ramasse la vaisselle, et on s’excuse. On essuie. On range. La bonne humeur revient et on poursuit le gouter dehors. Une nouvelle nappe est installée, on sert aussi du thé. Mais voilà que le vent se lève… et un nouveau chaos s’annonce !

Avec la subtilité de propos qui caractérise son œuvre, aNNe herbauts nous montre ces moments de fâcherie qui émaillent le quotidien de chacun. La vie est une suite d’éléments ordonnés et désordonnés, de colères et réconciliations. 

Le fond et la forme du livre s’allient : le morcellement des images et des phrases marque le chaos. On ressent à chaque page, avec force, les enjeux dramatiques autour d’un accident de rien du tout mais dont les proportions sont énormes pour les personnages. 

Voilà une merveilleuse manière de parler aux enfants d’entente et de mésentente, sans pour autant donner de leçon. Les catastrophes sont désagréables, certes, mais ne font-elles pas de bonnes histoires ? 

Fanny Deschamps