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Sialuk, jeune adolescente inuite, refuse de se rendre à l'évidence : son frère ne reviendra pas. Ses parents et ses amies ont beau lui raconter les faits encore et encore, la jeune fille se voile derrière le rideau du déni. Son frère, Eino, a beau être passé à travers la glace gelée d'un lac il y a plus d'un an, elle soutient coûte que coûte que celui-ci les attend, quelque part dans le grand froid de la toundra. Refusant de reprendre l'école de peur de manquer le jour du retour tant attendu de son aîné, elle voit peu à peu le  le fossé se creuser entre elle et ses proches. Au Groënland, tout le monde a perdu quelqu'un : accident de chasse, disparition, suicide... Ses compagnons de classe l'exhortent à tourner la page et à reprendre sa place dans la vie de la communauté. Mais pour Sialuk, Eino était plus qu'un frère, c'était aussi sa porte de sortie vers l'ailleurs, le mode de vie occidental et des lendemains plus modernes. En effet, son petit village se trouve à une période charnière et le conflit intergénérationnel n'a jamais été aussi marqué. Les jeunes aspirent aux universités, à la ville, aux musiques occidentales tandis que l'ancienne génération refuse le changement de peur de voir son mode de vie disparaître. Face à la précarisation induite par la mondialisation et la fuite des jeunes vers les villes, le village inuit où grandit Sialuk peine à s'adapter à ces transformations. Contre toute attente, le père de Sialuk déroge aux traditions qui interdisent aux femmes de chasser et accepte, en chemin, de la mener sur le lieu où le traîneau d'Eino a sombré sous la glace. Pendant ces quelques jours de traversée des plaines glacées, Sialuk et son père vont devoir s'adapter l'un à l'autre et faire face ensemble aux étapes du deuil.

Avec cette première bande dessinée, Margot Englebert signe un récit sensible sur le deuil tout en abordant les impacts des profondes mutations que traversent aujourd'hui les communautés inuites du Groenland. Avec beaucoup de justesse, elle réussit à exprimer le sentiment de solitude et d'enfermement ressenti par les jeunes face à ces grands espaces vides quand Internet leur offre un aperçu d’un monde toujours plus actif et vivant.

Entièrement dessinée aux crayons de couleurs, la bande dessinée de Margot Englebert joue sur les nuances chromatiques pastels selon les lieux et les émotions de son héroïne. Les dessins, très clairs et lumineux, contrastent avec la thématique très sombre du deuil et apportent beaucoup de douceur au récit. Une vraie réussite aussi bien graphique que scénaristique.

Julie Leclerc