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La maison d’édition « La boite à bulles » change de nom : depuis janvier 2026, celle-ci s’appelle Pictavita. Pour inaugurer sa nouvelle ligne éditoriale, elle publie une bd documentaire sur un sujet à la fois familier et, étonnamment, peu exploré : les belles-mères, ces figures qui ont peuplé nos imaginaires d’enfants. 

Force est de constater que les belles-mères ont mauvaise réputation et ce, depuis quelques siècles. Des contes de Grimm à la série Maléfiques Belles-mères en passant par Les Malheurs de Sophie, les marâtres semblent vouées à être dépeintes comme des femmes acariâtres, possessives, vénales et foncièrement cruelles. Une caricature persistante qui entre pourtant en contradiction avec la réalité sociale : selon La Ligue des familles (2022), près de 20% des familles belges sont des foyers recomposés.  Dès lors, l’image et le rôle des belles-mères ne mériteraient-ils pas d’être réhabilités ? Et surtout, de reconsidérer ces dernières pour ce qu’elles sont : des « nouvelles venues » au statut fragile dans une famille déjà constituée ? 

C’est ce sujet peu développé que Solenn Bardet et Marion Chancerel ont décidé de mettre en lumière. Après une enquête de terrain rondement menée de février à juillet 2018 par Solenn, les deux autrices nous proposent de partir à la rencontre de femmes aux profils différents, réunissant leurs voix sous la forme d’un récit choral. Par le biais du personnage de Gwen, jeune femme troublée par la proposition de son compagnon de venir avec lui et sa fille adolescente, les autrices condensent des dizaines de témoignages pour en tirer 7 personnages aux histoires singulières, chacune révélant une manière d’habiter ce rôle ambigu. Marion Chancerel, dessinatrice BD bruxelloise, a choisi d’attitrer une couleur à chacune de ces histoires monochromes au dessin simple et stylisé, permettant un vrai rendu « flash-back ».

Belle-mère dépassée, incomprise ou bien épanouie, Chères marâtres donnent la parole à celles qu’on entend peu s’exprimer sur le sujet. Comment vivre ensemble sans être une famille ? Comment poser ses limites sans avoir la légitimité d’un parent ? Comment réussir à aimer cet enfant inconnu ou, au contraire, ne pas déborder d’affection et prendre la place de la mère ? En 122 pages, les deux autrices compilent ces expériences et ressentis si différents qui, pourtant, résonnent au diapason sur un constat : l’acceptation d’une belle-mère dépend largement du soutien que lui apporte le père. Loin des caprices des enfants ou des colères adolescentes, c’est bien souvent l’absence ou la défaillance paternelle qui fragilise l’équilibre des familles recomposées. Derrière ces marâtres colériques et mangeuses d’enfants que les contes nous rabâchent depuis l’enfance se cacherait une autre réalité : celle des pères qui, parfois, peinent à assumer leur rôle de médiateurs. Une remise en perspective salutaire qui porte un regard nouveau sur ces femmes condamnées d’avance par l’imaginaire collectif.

Julie Leclerc