Aller au contenu principal

Avec Chacun son côté, chacun son terrier, Anne Crahay signe un magnifique album jeunesse inspiré du conte populaire « Le bâtisseur de ponts ».  Il traite d’un sujet à la fois universel et éminemment actuel : apprendre à vivre ensemble avec nos différences, plutôt que dans la peur et l’exclusion de l’autre. 

Dans une forêt paisible et chaleureuse, deux mammifères des bois, un hérisson et un loir, vivent de part et d’autre d’une flaque. Mais voilà le hic : malgré leurs points communs, ils se détestent. L’un craint de se faire voler « son » eau de pluie et « ses » limaces, tandis que l’autre lui jette une pomme sur la tête en passant, par simple mépris. Et ça s’invective, et ça se raille.

Cette cohabitation ne peut plus durer, décide le hérisson. Il commande alors un mur au flegmatique bousier. Un mur qui, une fois érigé, les séparera à jamais et règlera tous leurs soucis, il en est certain. Tout l’hiver, l’infatigable coléoptère s’affaire tandis que nos deux ennemis hibernent. Mais à leur réveil, surprise ! Ils comprendront, tout simplement, que les ponts sont bien plus efficaces que les remparts pour qui veut vivre en paix et heureux.

Avec ses douces peintures végétales et ses coups de crayon précis, rendant les personnages très expressifs, Anne Crahay nous emmène dans l’intimité d’une forêt enchantée. Et, grâce à ce discret bousier, nous offre une leçon de tolérance et de réconciliation, pleine d’humour et de délicatesse.

Mes enfants de quatre, six et huit ans ont chacun apprécié l’album à leur manière. La petite a voulu le relire en boucle, chercher les petits limaces et escargots cachés sur chaque page, et analyser les tanières bien agencées. Mon fils de six ans a éclaté de rire dès la première phrase - moi aussi, d’ailleurs (« Il était une flaque. »), et à chaque nom d’oiseau que vocifèrent les voisins l’un contre l’autre. Quant au plus grand, il a surtout admiré les illustrations aux couleurs tendres, contrastant avec cette histoire de voisinage électrique. 

Un album drôle et touchant idéal à partir de trois ans… Même si l’on aurait très envie de l’envoyer à quelques personnalités politiques, pour les inviter à se rappeler qu’il vaut mieux construire des ponts que des murs ! 

Catherine Renard