Fille d’un magistrat français, Cécile grandit au pays de Montesquieu et de Victor Hugo, avec comme héritage la justice. Elle s’en fait un idéal. Et elle ne manque pas de rappeler à son corrompu de père que la justice n’est pas affaire de lois, mais d’équité. Citant Montesquieu, elle rappelle que ce ne sont pas les lois qui font la justice, mais bien l’inverse.
Saisissant l’opportunité qu’offre l’aventure, Cécile s’embarque pour l’Amérique. Pays en plein essor, où l’on vit entre banditisme et grands espaces, l’Amérique est pleine de promesses. Se déclarant experte en lois, Cécile se retrouve confrontée à la corruption des villes de l’ouest et de ses représentants. Les shérifs font exécuter une justice expéditive, sans fond. Cécile décide donc de reprendre les choses en main et de lutter contre le crime. Mais elle n’est pas au bout de ses peines…
Walter Guissard et Victor Coutard nous emmène dans un western, aux traits de polar et rempli de philosophie, où l’on interroge la justice et la démocratie. Rien que ça. On rentre dans une aventure, remplie de références. Parfois, un peu verbeuse, cette bande dessinée n’en est pas moins construite avec intelligence.
Armé du scénario qui va droit au but de Victor Coutard, ainsi que d’un découpage efficace et dynamique, Walter Guissard nous propose de son côté, une imagerie qui fait du bien. Le ping-pong narratif qu’offre son dessin rythme le récit et nous donne envie de tourner les pages. On est agréablement surpris par des illustrations rafraichissantes dont les couleurs apportent une vraie plus-value à l’histoire.
Portant le récit, ce graphisme est simple d’apparence mais diablement efficace. On se laisse happer par la narration, avec ses sursauts, grâce à ces images qui rappellent les films et séries d’actions des années 80’. Il y a du Starsky et Hutch, dans ces mouvements et cet humour. Entre références et modernité, c’est un grand écart. Le texte s’intègre à l’image, dans des cris, des onomatopées. C’est un peu vintage comme construction. Et c’est peut-être ce retour au vintage qui est moderne.
Ce dessin, qui fait du bien, de Walter Guissard surprend d’autant plus que c’est celui d’un premier roman graphique. Sorti de l’ESA Saint-Luc et la LUCA School of Arts, le dessinateur mêle comics, manga et franco-belge à son système graphique. Et savoir que c’est une première augure de bonnes choses. Pour le scénario, Victor Coutard n’en est pas à son coup d’essai. L’auteur, qui est aussi journaliste, a déjà officié chez plusieurs éditeurs. En proposant son scénario au jeune artiste bruxellois, il a misé juste.
Légèrement didactique, c’est surtout l’aventure qui nous porte. Victor Coutard nous rappelle les concepts inhérents à la justice, en présentant une femme forte au cœur de cette fiction. La vraie fiction, avec des personnages originaux, me manque souvent. Et je dois dire que cela m’a fait plaisir de m’attacher aux pas de Cécile.
Vous pouvez y aller. On ne s’y ennuie pas !
Clément Fourrey