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Il y a du nouveau à l’administration départementale : le président fraîchement élu a décidé de privatiser le service public. Son ministre de tutelle devient ainsi actionnaire majoritaire de l’administration départementale et c’est le début d’une vague de grands bouleversements. À commencer par une nouvelle mission : « synergiser des solutions holistiques en garantissant un upscale des bulletpoints dans un cadre de libération économique ». Incompréhensible ? Certes, mais l’important est d’introduire et banaliser la novlangue qui aide à préparer le terrain d’une refonte en profondeur. L’objectif de l’institution importe moins que le cadre de travail auquel elle devra désormais se conformer... un cadre aux relents résolument fascistes.

« -De toute façon, avec ces gens-là, dès qu’on ne pense pas comme eux, qu’on admire les uniformes, qu’on veut contrôler les masses laborieuses et qu’on s’assoit sur les règles démocratiques, on est forcément des « fachos ».

- Bonjour les préjugés… »

Assistant basé sur l’intelligence artificielle qui contrôle et dénonce, réattributions de poste sexistes, règlements homophobes, déportations aux archives et propos scandaleux décomplexés rythment le nouveau quotidien des fonctionnaires, dans une ambiance qui oscille entre confortable déni de masse et timide et vaine rébellion. Et évidemment, les épargnés d’hier seront peut-être les victimes de demain…

L’univers de Marc Dubuisson est bien reconnaissable : petits personnages stylisés au visage blanc, cases carrées, humour grinçant et critique acerbe de la société en poussant ses travers à l’extrême. On le retrouve ici dans une fable constituée d’épisodes en six cases. Chacun d’eux peut être lu séparément, façon comic strips comme dans ses recueils de dessins de presse En attendant la fin du monde. Toutefois Amour, fascisme et CDD est un récit complet, comme son prédécesseur Amour, Djihad et RTT, dont il reprend le cadre de l’administration départementale et le principe d’oppression de tous ceux qui y travaillent.

Entre les uniformes Hugo Boss et les casquettes « R.A.D.I.N. » pour « Rendons l’Administration Départementale Innovante Now ! », les références d’hier et d’aujourd’hui sont tout à fait assumées. La satire amuse en même temps qu’elle dénonce. C’est à la fois absurde et cynique, caricatural et subtil, mordant et hilarant. On rit, on s’offusque, on réfléchit et on se retrouve pris d’une irrésistible envie de partager ses pages préférées, ou celles dont on sait qu’elles feront mouche auprès des interlocuteurs et interlocutrices visés.

Estelle Piraux