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Image de l'oeuvre - La sorcière aux yeux de lune

Notre critique de La sorcière aux yeux de lune

Au centre de riches dessins aux couleurs d’automne, un titre aux lettres d’argent brille : La Sorcière aux yeux de lune. Voici un beau livre, solide en main et soigné comme un coffre à bijoux que l’on voudrait transmettre d’enfants devenus parents à leurs propres enfants. L’objet livresque n’est ici pas seulement une très belle histoire, il est aussi une luxueuse couverture et des pages épaisses pour figurer l’aventure qu’elles renferment précieusement.


Loin, très très loin au sud, se trouvait une île froide et isolée. (…) Là, seule au-dessus de la mer, se dressait une maison en bois. Dans cette maison vivait une sorcière que l’on appelait la chevêche.



Juchée et accroupie sur le faîte de son toit, d’un visage de chouette maquillé telle une actrice chinoise sous un fichu slave, une sorcière tenant un rat mort par la queue nous apparait ; inquisitrice et encadrée de hauts arbres dont la trouée conduit le regard vers un croissant de lune rouge parmi les taches d’étoiles.

Chaque jour, la sorcière se retirait un peu plus du monde.


Pourtant, le dessin de Júlia Sardà et l’ambiance restent féériques et annoncent de meilleures nuits sous les branches qui protègent des livres de magie incantatoire, trois chats assis et noirs fixant un serpent se tortillant, avec plus loin un sac de travaux des champs, ouvert sous une clé et un énigmatique cadenas pendus à leur corde, et en surplomb une claire effraie et un sombre corbeau couvant la sorcière avec attention. Quand soudain,

Je m’appelle Noor, dit-elle en s’inclinant dans une révérence. Mon Maître, Baldarasse Encre Noire, réclame votre présence dans l’antre du Peuple de la Mer.


Brune et trempée des cheveux au chevilles, mal fagotée, Noor convainc la chevêche de s’élancer malgré elles deux, sur une route surréelle et lugubre, grevée d’obstacles et dangers menant au bord de tragédies insolubles sinon par les moyens de la désobéissance, de l’astuce et de l’intelligence contre un poulpe orange aux pouvoirs tentaculaires.

Tout au bout de l’aventure immense racontée par Myriam Dahman et Nicolas Digard, et depuis,

Certaines nuits d’hiver, lorsque les marins se rassemblent dans les tavernes des mers du Sud, ils parlent de l’île froide et isolée où, seule au-dessus de la mer, se dresse une maison de bois.


Ainsi s’offre aux lecteurs un conte universel où l’amitié prend l’estrade faite d’un bois simple, flottant et voguant entre l’abysse des mers et l’infini des cieux ; dans les champs et chants des possibles entre les voix et personnes de belles et bonnes volontés ; où chacun se reconnaitra, penché sur l’enfant prêt à s’endormir.

Tito Dupret