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La fantasy belge se porte bien

  • Publié le
  • Mis à jour le 20/02/2026

Apparue à la fin du 19e siècle, la fantasy serait née des craintes suscitées par la révolution industrielle. Ancré dans le merveilleux, le genre a longtemps été associé à une contestation de la modernité. Aujourd’hui, depuis le succès des Harry Potter, celui des adaptations de Tolkien et la déferlante Game of Thrones, la fantasy est à la mode. Mainstream, se serait-elle affadie ? Il n’en est rien. Pour nous en convaincre, entamons un tour d’horizon de ces littératures de l’imaginaire1 écrites près de chez nous avec le portrait de neuf auteurs et autrices.  

Christelle Dabos

 Les hasards de l’alphabet nous font entamer notre périple en compagnie d’un phénomène des lettres belges… C’est une provocation bien sûr, mais pour ceux qui l’ignorent, l’autrice de La Passe-miroir réside en Belgique depuis quinze ans maintenant. Biberonnée aux Yoko Tsuno, Christelle Dabos s’est si bien acclimatée en nos terres septentrionales que les lecteurs belges découvriront dans La passe-miroir quantité d’éléments familiers. Cette saga imaginée dès 2007 mais révélée six ans plus tard à l’occasion d’un concours organisé par Gallimard jeunesse, s’est achevée avec la parution du quatrième tome en décembre 2019. En plus de se téléporter à travers les miroirs, la discrète Ophélie peut lire le passé des objets rien qu’en les touchant… Un mariage forcé l’éloigne des siens et la précipite dans des intrigues où elle jouera un rôle essentiel. Au fil de ce cycle passionnant, le personnage gagne en épaisseur et le lecteur découvre un univers d’une grande richesse. Les droits ont été achetés par vingt-cinq éditeurs internationaux et le cap du million d’exemplaires vendus pourrait être franchi cette année : c’est dire l’engouement suscité par les aventures d’Ophélie. Le cycle est clos, et malgré les invitations qui lui sont faites, Christelle Dabos en restera là. Non que ce personnage l’ait épuisée – ces années d’intime compagnonnage lui laissent un souvenir extraordinaire –, mais elle apprécie d’être libérée aujourd’hui des contraintes éditoriales liées à ce projet au long cours. Pour reprendre sa belle formule, elle vit désormais ses moments de création « en mode bac à sable », dans le bonheur et sans rien s’interdire. Il nous tarde évidemment de la retrouver.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

Si par Fantasy on entend toute construction d’une réalité alternative, ma toute première plongée me vient des dessins animés de mon enfance que mon père nous enregistrait sur les vieilles cassettes VHS : Le Roi et l’Oiseau, Narnia et Le Sous-Marin Jaune.

- Des auteurices fétiches en fantasy ?

Philip Pullman, J. K. Rowling, Barjavel. Et si je peux me permettre un petit glissement vers le Réalisme Magique : José Donoso avec Casa de campo ou Isabel Allende avec La maison aux esprits.

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Plein ! Pêlemêle, pas certainement pas exhaustif : Pour les séries : Sherlock, The Leftovers, His Dark Material, Carnivale, Miss Fisher, Hercule Poirot, Rome, Twin Peaks, Kaamelott, Victoria, The Crown, Monster, Space Brothers... Pour les films : l’ensemble des animés des studios Ghibli, La Famille Addams, Matrix, The Straight story, Miss Potter, Gremlins, Les Goonies, True Man Show, Crazy Kung Fu (oui), L’Odyssée de Pi, Le Baron de Munchausen. Pour les BD : Gaston Lagaffe, Astérix, De cape et de Crocs, Peter Pan (de Loisel), Le Magasin Général, l’œuvre générale de Boulet et de Vanyda. Pour la musique : les bandes originales de Inception, Sherlock, Donnie Darko, Carnivale, Ori and the Blind Forest, The Paradise, The Umbrella Academy.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre la fantasy ?

A la croisée des mondes de Philip Pullman, Le Disque-monde de Terry Pratchett  et Les contes du chat perché de Marcel Aymé.

- Un « classique belge » qui compte ?

J’ai une pensée pour Roger Leloup, l’auteur/illustrateur des Yoko Tsuno que j’ai lus, relus et re-relus. Mais aussi l’auteur du premier livre que m’a offert mon compagnon : Le Pic des ténèbres.

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

De l'émotion, du conscient, des contrastes, des mélanges, de l'immense, du minuscule, du moi, de l'autre

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Je vous ai parlé de mon bac à sable : vous savez tout. Ce qui n’est pas grand-chose, j’en conviens.

- Dans les mondes imaginaires, si tu étais :

Un personnage : hum… quelque chose de très vieux, de très sage et de très gâteux. Un pouvoir : téléportation (comme ça, pas de voiture, plus de frontière, c’est écologique).

Un objet : un miroir cassé, puis (mal) recollé.

Un lieu : un WC qui mène à une salle secrète.

Une époque, une civilisation : les années 80 version fantasmée.

Un moyen de déplacement : la projection astrale (quand je suis fatiguée de me téléporter physiquement). 

Anne-Sophie Devriese

 Il semblerait que la Belgique, terre de l’étrange, soit aussi terre d’accueil pour les autrices et auteurs de fantasy : Anne-Sophie Devriese, française elle aussi, est établie chez nous depuis presque vingt ans. Vous ne la connaissez pas encore, mais pour ce que nous en avons découvert, son roman Biotanistes, à paraitre sous peu (ActuSF, Naos, 2021), fera parler de lui. En tout cas, il entre en résonnance avec des thèmes essentiels : l’environnement, la mémoire et la place des femmes dans la société.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

J’ai la chance d’avoir eu droit à une histoire chaque soir jusqu’à…. Plus soif, en fait. Et la fantasy, je suis tombée dedans par les contes et les légendes, bien avant de pouvoir la nommer, l’enfermer dans une case (j’aime pô les cases). Toute jeune, je me suis passionnée pour les contes et leurs motifs, Grimm, Perrault, Andersen ; la mythologie grecque, égyptienne… les contes arabes, juifs, normands, inuits… J’ai très vite « vu » les archétypes et les schémas, à tel point que je m’amusais des variantes et des symboles selon la géographie. Puis j’ai voulu faire mon mémoire de maîtrise sur un sujet pas très « académique » à l’époque… J’y suis arrivée. J’entretenais cette passion « coupable » pour l’imaginaire (je préfère mille fois cette terminologie) qui est devenue socialement acceptable avec Harry Potter. C’est quand je suis tombée sur Pierre Bottero que j’ai admis mon envie (mon droit ?) d’écrire dans ce genre. J’ai commencé à la naissance de mon deuxième, il y a tout pile 10 ans !

- Des auteurices fétiches en fantasy ?

Argh ! Il FAUT que je me fabrique une liste à dégainer chaque fois qu’on me pose cette question. J’en oublie toujours. Avec le temps, j’ai clairement privilégié les auteurices francophones mais j’ai commencé, comme beaucoup, par les anglosaxon.ne.s. Plus ou moins dans le désordre donc : Philip Pullman - la Croisée des Mondes, J-C Mourlevat avec Combat d’Hiver (et tous les autres), Marissa Meyer et ses Chroniques Lunaires (d’ailleurs, je les cite tous les trois dans Biotanistes), Pierre Bottero, Marie-Aude Murail, Deborah Harkness, Roald Dahl, Odile Weulersse, Scott Westerfeld, Cindy Van Wilder, Marine Carteron, Florence Hinckel, Vincent Villeminot, Eric L’Homme, Timothée de Fombelle, Marie Pavlenko, Charlotte Bousquet, Manon Fragetton, Mélanie Guyard, Katia Lanero Zamora, et Hunger Games et Divergente et…. Françoise Jay, Frédéric Petitjean, Pierre Gripari… Lois Lowry, l’incontournable. Ciel ! J’ai failli oublier Christelle Dabos et Lucie Pierrat-Pajot.

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

En matière de musique je suis plutôt éclectique. Je suis de cette espèce qui écoute un seul morceau en boucle des milliers de fois et fais cohabiter sans honte Traviata, Mozart et Janis Joplin, Brassens, Barbara, Brel, Le Forestier, Sheller, Maurane, Tim Dup, Riopy, de la musique espagnole, Cabrel, Bénabar, Lemay, LEJ… Mais on vit dans un monde trop bruyant pour que j’en écoute beaucoup. Les films, je n’ai pas le temps et ma culture cinématographique est nulle. (J’avais adoré L’Odeur de la papaye verte… pourquoi est-ce le premier qui me vient à l’esprit ? Mystère). Quant aux séries, je tombe dangereusement accro. Dernière en date : Skam France. Mais j’ai adoré Sherlock Holmes, Altered Carbon, La casa de papel, Lucifer, 3%, Sense8… et j’avoue (presque sans honte) être de la génération Buffy contre les vampires. BD… un peu comme le films, je n’ai désespérément pas le temps. Les vieux fourneaux m’ont fait beaucoup rire, j’aime le dessin d’Yslaire, Soda, Broussailles, Rosinsky, Bilal, Satrapi, Boiry me faisait rêver enfant (j’ai longtemps songé à l’illustration) et j’en oublie un million. Mais je suis plutôt peinture.

- Trois titres à recommander à un ado ou une ado qui découvre la fantasy ?

Je lui suggèrerais de piocher dans la looongue liste ci-dessus 😉, plus tous ceux que j’ai oubliés. Je lui dirais surtout de se faire plaisir et de ne jamais se forcer à finir un bouquin qu’on n’aime pas. On lui donne sa chance jusqu’aux 50 - 80 premières pages et puis basta. Il y a trop d’autres bons bouquins qui attendent leur tour !

- Un «  classique belge » qui compte ?

Je ne suis pas belge mais je me soigne… J’ai récemment commencé Jean Ray dans la collection Espace Nord, frappée par sa superbe couverture. J’ai beaucoup aimé ce que j’en ai lu mais je ne l’ai pas (encore) terminé. Je crains qu’en matière de classiques belges, je sois plus calée en BD (merci mon mari). Ah ! Si ! Je suis définitivement fan de Jacqueline Harpman.

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

Amusante question ! Déconstruire et apprendre à sortir des cases, surtout celles qu’on ne voit pas. Mélanger les genres.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Vertige…. Quand Biotanistes sera sorti ? … M’enivrer de ce bonheur, dormir, lire, retrouver le roman en cours (en stand by depuis 9 mois), envisager de corriger les deux premiers qui dorment dans un tiroir, jardiner et avant tout, m’occuper de nos 4 nains.

- Dans les mondes imaginaires, si tu étais...

Un personnage : une magicière, une sorcienne ou une fée

Un pouvoir : métamorphe, je crois. Mais voler, devenir sirène ou apprivoiser les dragons me plairait pas mal. (Cette première publication, qui réalise un rêve de gosse, m’a déjà valu quelques tours à dos de licorne)

Un objet : une clef magique… ou une porte

Un lieu : la mer

Une époque, une civilisation : un futur où on aurait sauvé notre planète Un moyen de déplacement : le transplanage, sans hésiter et sans restriction spatio-temporelle. 

Sara Doke

 Dire que Sara Doke est une grande voix de la fantasy n’est pas mentir. C’est un bonheur de la lire, mais aussi de l’entendre, notamment lorsqu’elle évoque la représentation des minorités dans la science-fiction, le sujet d’un essai à paraitre bientôt. Elle a traduit plusieurs grands noms des littératures de l’imaginaire – G.R.R. Martin, Paolo Bacigalupi, James Morrow… – et est l’autrice de deux recueils, Techno Faerie (Moutons électriques, 2016) et L’Autre Moitié du ciel (Mü, 2019). Elle a dirigé un ouvrage consacré à l’influence de la mythologie celte sur la culture populaire (Celtes ! Panorama de l’imaginaire celtique, Les Moutons électriques, 2020). La Complainte de Foranza, son premier roman, est paru aux Éditions Leha en 2020. Une incontournable vous disais-je !

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

De mon enfance. De mes lectures de mythes et de légendes d’un peu partout, de mon amour de la science-fiction, puis de mes lectures d’adulte et de mes rencontres.

- Des auteurs et autrices fétiches en fantasy ?

Mervin Peake, Guy Gavriel Kay, Ursula K LeGuin,

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Le jeu de rôle, les séries historiques, des BDs comme celles d’Auclair ou de Simon Bisley.

- Trois titres que tu recommanderais à un.e ado qui découvre la fantasy ?

La Passe miroir de Christelle Dabos Les Lions d’Al-Rassan de Guy Gavriel Kay Le Pion blanc des présages de David Eddings

- Un « classique belge » qui compte ?

Jacqueline Harpman pour Moi qui n’ai pas connu les hommes Jean Ray pour Malpertuis

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

De l’aventure, de la politique, du rebondissement et des questions.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Je viens de sortir un ouvrage que j’ai dirigé, Celtes ! Panorama de l’imaginaire celtique, aux Moutons électrique ainsi qu’un roman, La Complainte de Foranza chez Leha, je me prépare à traduire une trilogie jeunesse, à rééditer un livre, à en écrire d’autres.

- Dans les mondes imaginaires, si tu étais :

Un personnage : Xe Nedra de la Belgariade de David Eddings

Un pouvoir : Le voyage instantané

Un objet : une dague d’assassin

Un lieu : L’Al Rassam de Guy Gavriel Kay

Une époque, une civilisation : Sumer 

Katia Lanero Zamora

Entrée en littérature il y a dix ans avec les Chroniques des hémisphères (Les Impressions nouvelles, trois tomes, 2012-2014), cette Liégeoise a publié depuis Les Ombres d’Esver (ActuSF, 2018). Katia est aussi l’autrice de nouvelles remarquables : il faut lire Les draps de noces (publiée dans le recueil Nouvelles de Belgique), Oasis ou La Flotte – un texte paru dans le journal Libération, disponible en ligne ici –, pour se convaincre qu’elle est à l’aise dans tous les genres et tous les formats. On peut entendre aussi de belles mises en voix d’Oasis et de La Flotte ou découvrir les podcasts auxquels elle a collaboré, Doulange (sur Youtube et Auvio, 10 épisodes de 10 minutes) et Sisyphe heureux, un récit proposé pour la série Nos héros produite par Musiq3. Réjouissez-vous : le premier tome de La Machine est sorti en février 2021. Convenons déjà que la couverture est superbe.

- D’où vient ton goût pour l’imaginaire ?

Enfant, la télévision était ma baby-sitter. Ce que je regardais était le point de départ de discussions et de récits enflammés avec mes parents et mon frère. On jouait à inventer ce qui pouvait bien se passer dans le prochain épisode des Chevaliers du Zodiac, Sailormoon, Code Quantum. J’ai aussi dévoré les livres de nombreuses collections jeunesse, mêlant tous les genres. Mais la magie, les êtres fantastiques, les univers inventés, avaient ma préférence. Mon goût est d’abord celui d’une lectrice et d’une spectatrice qui avait beaucoup de temps libre pour lire et regarder la télévision pendant que ses parents travaillaient énormément dans leur commerce. L’arrière-boutique était notre terrain de jeux infini.

- Des auteurices fétiches ?

Shirley Jackson, Neil Gaiman, Ayerdhal, Mélanie Guyard (Andoryss), Gudule…

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

J’aime beaucoup le travail de l’illustrateur Loïc Muzy. Les séries, j’en ai un paquet à citer: des récentes, comme Game Of Thrones évidemment, Doctor Who, Umbrella Academy, Misfits, Locke and Keys, ou la magistrale The Haunting of Hill House, et des moins récentes comme Code Quantum. Des films comme L’Odyssée de Pi, Le Secret de Terabitia et A Monster Calls s’inscrivent parfaitement dans mes goûts. Le réel se mélange à la réalité, sans que ce soit réellement du fantastique, c’est plutôt le pouvoir de l’imagination dans la résilience qui m’intéresse.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre l’imaginaire ?

Le passageur, Andoryss Feydelins, Nadia Coste Les Royaumes du nord, Philipp Pullman

- Un « classique belge » qui compte ?

Hôtel Meublé de Thomas Owen. C’est un polar qui déjoue les codes du polar, avec énormément d’humour ! Je le relis régulièrement avec plaisir ! Mais aussi Les Contes du Whisky de Jean Ray, pour frissonner !!!

- Pour mitonner une chouette potion, tes ingrédients de prédilection ?

- Une idée qui nous donne des frissons (au sens propre: j’ai la chair de poule quand j’ai LA bonne idée) - des personnages qu’on est prêts à aimer - de la patience, de la persévérance et de la disponibilité - des pages et des pages de construction - des pages et des pages de brouillon qui finiront à la corbeille - des tas de post-it - une playlist inspirante - beaucoup de cafés à l’aube

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Mon cinquième roman, La Machine, sort en février aux éditions Actu SF. C’est un tome 1 !

- Dans les mondes imaginaires, si tu étais :

Un personnage :  Doctor Who

Un pouvoir : la capacité d’allonger le temps ou de le raccourcir

Un objet : une boussole d’or de Lyra dans À la croisée des mondes

Un lieu : le Chemin de Traverse

Une civilisation : les Hobbits de la Comté, bien évidemment !

Un moyen de déplacement : un T.A.R.D.I.S ! 

Thomas Lavachery 

 Pour Thomas Lavachery, 2021 sera une année de relâche, pour la fantasy du moins. Il faut dire qu’avec la saga de Bjorn le morphir (huit tomes, adaptés en BD), la série des Tor pour les plus jeunes lecteurs (Tor et le cowboy doit paraitre en avril 2021, la relâche est relative), Ramulf et Le voyage de Fulmir, Thomas Lavachery est descendu à la mine plus souvent qu’à son tour. Ses textes et illustrations comptent parmi les pépites de la littérature jeunesse en Belgique et ce n’est pas pour rien qu’il a été honoré du Grand prix triennal de littérature de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quantité d’interviews passionnantes sont accessibles sur Objectif plumes et sa nouvelle Jim Benett est accessible ici, au format PDF ou lue par l’auteur lui-même. Ceux qui douteraient du caractère addictif de ses romans peuvent tenter d’abandonner Ramulf en cours de lecture – c’est impossible ! Ce récit dense et passionnant reparait bientôt en collection poche, mais avant cela et dans un format beaucoup plus court, ne ratez pas Le cercle qui sortira en mars chez Esperluète.  Ce court texte de fiction est une célébration pleine de fraicheur des vertus de l’imaginaire et une invitation à changer notre regard sur la réalité qui nous entoure. Pour que votre bonheur soit total, il sera lui aussi accompagné des illustrations de l’auteur.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

En tant que lecteur, je ne suis pas spécialement fan de la fantasy. J’ai adoré lire Tolkien, mais pour le reste, je suis plutôt un consommateur de romans d’aventures : Dumas, Walter Scott, Jules Verne, Stevenson, Kipling, Twain, London, John Meade Falkner, Richard Hugues, Mac Orlan, l’immense Conrad… Si j’ai écrit moi-même de la fantasy, c’est pour répondre à une demande de mon fils aîné, Jean, qui m’a un jour prié de lui inventer une histoire avec des trolls, des dragons et des elfes. J’ai obtempéré avec un enthousiasme relatif… pour découvrir que j’adorais créer de la fantasy.

- Des auteurs ou autrices fétiches ?

R. R. Tolkien et Philip Pullman. Je tiens À la croisée des mondes pour un chef-d’œuvre.

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Il y en a tellement, il y en a trop, et dans chacun des domaines que tu énumères ! En BD, la série Valérian et Laureline a exercé sur moi un attrait puissant. Les mondes et les peuples dessinés par Mézière me faisaient battre le cœur. C’était beaucoup plus vivant que les inventions froides de Moebius, par exemple. J’y étais ! Pour les illus, si l’on s’en tient à la fantasy, je citerais Tolkien – je préfère ses dessins à tout le reste de l’imagerie « Seigneur des anneaux » -, Theodor Kittelsen et Hugo Simberg. J’ajouterais que l’une de mes sources principales d’inspiration pour la saga Bjorn le Morphir aura été l’anthropologie et les récits des explorateurs du XIXe siècle tels que Lewis et Clarke, le Père Huc… Inventer des peuples et leurs coutumes est l’un de mes dadas.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre l'imaginaire ?

Les trois volets de À la croisée des mondes.

- Un « classique belge » qui compte ?

La langue de Charles de Coster me procure des extases. Cependant, l’auteur belge qui continue de m’impressionner le plus est sans conteste Simenon. L’expérience sensorielle que représente sa lecture est une leçon pour tous les romanciers. C’est une banalité de le dire, mais c’est tellement vrai !

- Pour mitonner une chouette potion, tes ingrédients de prédilection ?

Efficacité dramaturgique, richesse psychologique des personnages, inspiration diversifiée, langue soignée, poésie, lucidité du regard philosophique. Y aller mollo avec la magie, ne pas forcer la dose de surnaturel. Pour la fantasy comme pour tout type d’œuvre romanesque : la plus grande exigence artistique, celle dont chacun est capable dans les limites toujours trop étroites de son talent.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Plusieurs ouvrages vont sortir, dont certains ont été retardés à cause de la crise sanitaire. Un zoo à soi, livre de souvenirs où je parle surtout d’animaux, Tor et le cow-boy, nouvel épisode des aventures de Tor, mon petit héros nordique, Lilly sous la mer, album qui raconte l’aventure sous-marine d’une famille dans les années 1920 et enfin Le cercle, une longue nouvelle destinée aux adultes dont le protagoniste est un chercheur de cailloux figuratifs. Un livret sur votre serviteur, Thomas Lavachery, un écrivain au long cours, va également paraître très bientôt, signé Sylvie Dodeller. Sinon je viens de terminer la première mouture d’une robinsonnade, Henri dans l’île. L’histoire se déroule dans les années 1880. J’en dirai seulement ceci : le Vendredi de mon Robinson n’est pas un humain, mais une bête. Ah, et j’oubliais Le netsuke, roman pas du tout jeunesse qui est en ce moment en lecture chez plusieurs éditeurs. Je l’ai écrit durant le premier confinement alors qu’Henri dans l’île est un enfant du second…

Dans les mondes imaginaires, si tu étais : 

Un personnage :  Tom Bombadil ou Sam Gamegie, j’hésite.

Un pouvoir :  Faire des œuvres en fumée comme Gandalf : bateau, dragon…

Un objet :  La pipe de Gandalf, avec une blague bourrée d’herbe à pipe de la Terre du Milieu Un lieu :  La comté Une époque, une civilisation :  Le peuple Hobbit à une époque tranquille de son histoire. Un moyen de déplacement :  Le sous-marin de Nemo 

Stefan Platteau                          

 Stefan Platteau est un auteur qui en impose : les épais volumes des Sentiers des Astres (Jaunes yeux, le quatrième tome, paraitra en avril) peuvent intimider, mais sa fantasy épique est portée par une écriture impeccable, un talent qui lui vaut de compter parmi les tout grands des littératures de l’imaginaire en langue française. Dévoreur revisite subtilement le mythe de l’ogre et Le Roi cornu explore les fondements des Sentiers des astres : ces deux récits disponibles en un volume sont une belle porte d’entrée dans son univers.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

Du fonds des âges, et en particulier du mien ! Aussi loin que je me souvienne, la passion des mondes imaginaires (y compris la SF) a toujours été présente. Ma famille est rentrée d’Inde (j’avais six ans) avec, dans la valise, des BD de mythologie Hindoue comprenant le Mahabaratha et le Ramayana, avec lesquels je me suis familiarisé d’abord par le dessin (ces créatures et ces héros bleus me fascinaient…). Tout comme j’ai adopté L’Iliade et L’Odyssée avec passion, dès que j’ai été capable de lire (ce qui est arrivé très tôt). Enfant solitaire, inadapté au retour en Belgique, je m’évadais longuement dans l’univers des dessins animés, dévalisais la bibliothèque du village, découpais des draps de lits pour m’en faire des cottes de maille sur lesquelles je dessinais patiemment chaque anneau au marqueur. La découverte des premiers Thorgal (vers 9 ou 10 ans) a probablement été une rencontre importante dans ma vie, tout comme la lecture du Seigneur des anneaux, de Dune (qui a des arguments pour plaire à des amateurs de fantasy : société médiévale, humains dotés de pouvoirs quasi magiques…),  et mes premières parties de Donjons et Dragons, le tout vers 14 ou 15 ans.

- Des auteurs et autrices fétiches en fantasy ?

Robert Holdstock, Ursula Le Guin, Roger Zelazny, Suzanna Clarke, Anne Rice, Glen Cook, Tolkien, Georges R.R. Martin, Nnedi Okorafor. Et d’autres qui ne se rattachent  pas à la fantasy mais ont marqué mon travail tout autant, sinon plus : Frank Herbert, Dan Simmons ou Umberto Eco, par exemple…

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

En BD, certainement : Thorgal, La Quête de l’Oiseau du temps, et (hors fantasy, quoique…) Les Compagnons du crépuscule de François Bourgeon, Corto Maltese et bien d’autres encore. Pour la musique, ce serait sans fin : j’écris toujours en musique.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre la fantasy ?

Ça dépend de l’âge de l’ado et du lecteur qu’il est… À14 ans je lisais Dune et Le Seigneur des anneaux, qui ont été mes premiers vrais classiques de l’imaginaire – mais c’est un peu rude comme entrée en matière… ceci dit, les ados d’aujourd’hui auront très probablement déjà découvert la fantasy avant la puberté, via des œuvres comme Harry Potter ou l’excellente saga de La Passe-miroir, de Christelle Dabos. Pour une entrée dans une fantasy plus adulte ou young adult, je conseillerais par exemple Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss, ou Les Salauds gentilshommes de Scott Lynch, ou encore Le Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti. Et si, comme moi, ils ont leur période Baudelaire/Chants de Maldoror, sans hésiter Justine Niogret.

- Un « classique belge » qui compte ?

Malpertuis, de Jean Ray, sans hésitation !

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

Humanité des personnages, questions morales sans réponse tranchée. Dépaysement des mentalités, cultures et faits de société. Mystère du mythe.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Le quatrième tome des Sentiers des Astres sortira au mois d’avril ! Titre : Jaunes yeux.

 - Dans les mondes imaginaires, si tu étais : 

Un personnage : un barde.

Un pouvoir : le pouvoir d’influencer les âmes par la musique.

Un objet : un sitar ou un autre instrument magique.

Un lieu : la montagne.

Une civilisation : l’Inde védique.

Un moyen de déplacement :  le char céleste du soleil, il ne faut pas faire les choses à moitié ! Mais ça reste un choix frustrant : je pourrais explorer toutes les merveilles de la planète en un claquement de doigt, mais les merveilles de la nuit me resteraient à jamais inaccessibles… 

Damien Snyers

 Passionné de musique et de tout ce qui touche à l’imaginaire, Damien Snyers puise son inspiration dans quantité d’univers – cela va du cinéma d’action façon Soderbergh ou Ritchie, aux jeux vidéo, en passant par les séries et les grands noms de la SF. S’il faut absolument placer La Stratégie des as dans des cases, disons que cela donne une fantasy mâtinée de polar et de steampunk. Comment qualifier un récit qui commence avec un concours de bière, se poursuit en casse du siècle et où se croisent elfes, demi-elfes, humains et trolls ? C’est enlevé, haletant, truffé d’humour aussi, et pourtant les personnages évoluent dans un monde où l’exclusion et la fracture sociale résonnent subtilement avec le nôtre. Du grand art ! Et cela tombe bien parce que Ex Dei, la suite de La Stratégie des as est paru le même jour que La Machine de Katia Lanero Zamora : il faudra choisir par lequel commencer…

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

Le premier livre que j’ai lu était Bilbo le hobbit, j’avais huit ans, et je n’ai jamais vraiment décroché depuis.

- Des auteurs ou autrices fétiches en fantasy ?

Principalement deux ; Robin Hobb et Andrzej Sapkowski. Je pense que ce sont les deux qui m’influencent le plus dans l’écriture.

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Plein ! Beaucoup trop pour les citer tous. En musique, je sélectionne vraiment ce que j’écoute en fonction de ce que j’écris. Pour un roman plutôt sombre et violent, j’ai écouté uniquement du metal extrême, tandis que pour d’autres romans, j’écoutais des bandes originales de jeux. Ça varie vraiment. En jeux, Bioshock et The Witcher ont été de bonnes inspirations, et en films, les Sherlock Holmes de Guy Ritchie.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre la fantasy ?

Boudicca, de Jean-Laurent Del Socorro. Un roman de fantasy historique française accessible. L’Assassin royal, de Robin Hobb. Un classique de la fantasy, qui marche vraiment bien à l’adolescence Les Chroniques d’Alvin le faiseur, d’Orson Scott Card. Encore de la fantasy historique, mais américaine, avec un style très fluide.

- Un « classique belge » qui compte ?

Joker :o) Désolé, je ne connais vraiment pas mes classiques belges.

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

Plume de corbeau, patte de renard en poudre et bois de cerf râpé.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Mon second roman, Ex Dei, sort en février chez ActuSF, je vais commencer bientôt l’écriture du roman suivant (mais pas dans le même univers), et je travaille toujours sur plusieurs autres romans que je mettrai à disposition en numérique gratuitement.

- Dans les mondes imaginaires, tu étais : 

Un personnage : Un hobbit. Peu importe lequel tant qu’il ne part pas faire une aventure.

Un pouvoir : Faire apparaître de la nourriture en claquant des doigts.

Un objet : Une porte qui laisserait passer les gens uniquement si leur prénom commence par D.

Un lieu : La Comté, évidemment.

Une époque, une civilisation : Peu importe tant qu’il y a des dragons et des vampires.

Un moyen de déplacement : Une calèche-vapeur. 

Ukko

 Pour cet auteur aussi, 2021 sera une année importante. Le cycle commencé en 2016 avec Un orc nommé Bâtard, s’enrichira d’un troisième tome, annoncé pour septembre chez Alice éditions. Publier de la Dark Fantasy est un pari audacieux pour une maison d’édition associée à la littérature jeunesse, car si les ados se plongeront avec bonheur dans cette série, elle n’a pas été imaginée pour ce public spécifique. Comme beaucoup d’auteurs aujourd’hui, Ukko s’empare des codes de la fantasy pour leur donner de la profondeur et du réalisme. Ces aventures mettant en scène des orcs sont passionnantes en tant que telles, mais aussi parce qu’elles permettent de réfléchir sur les rapports entre les individus et leurs communautés. Son inspiration, Ukko la nourrit de solides connaissances sur les peuples « primitifs » et la préhistoire, et elle doit beaucoup aussi à l’univers des jeux de rôle.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

Bonne question... J'ai toujours été un fana de lecture et de romans d'aventure. Je lisais Les trois mousquetaires quand mes camarades de classe lisaient Oui-Oui... J'ai dévoré Jules Verne et Jack London, puis j'ai découvert Tolkien et Lovecraft et j'ai dévoré tout ce qui tournait autour.

- Des auteurs ou autrices fétiches en fantasy ?

En fait, je n’en ai pas beaucoup. À mon sens, en littérature anglo-saxonne, il y a beaucoup d'auteurs qui fonctionnent "à la recette", sans beaucoup d'originalité. Il y a Tolkien quand même, et puis les grands classiques, Fritz Leiber et Robert Howard. Une grande saga assez méconnue, ce sont Les Chroniques de Thomas l'incrédule par Stephen Donaldson, et puis il y a Ursula Le Guin, qui est une grande madame. Mais pour le moment, je m'intéresse surtout à la fantasy francophone, qui est souvent beaucoup plus mature et plus inventive que l'anglophone. Mes préférés sont Jean-Philippe Jaworski, qui excelle dans le format nouvelles, Cedric Ferrand et Stefan Platteau (un belge !!!)

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Oui, plein... Surtout en BD je dirais. La quête de l'oiseau du Temps de Loisel, un must, Gorn par Tiburce & Ogier, Le Sortilège du bois des Brumes par Bourgeon... Des illustrateurs aussi, mais souvent piochés au hasard de balades sur DeviantArt. Et puis, il ne faut pas oublier le jeu de rôles ! Très important. C'est un milieu très créatif tant en matière d'univers que de personnages.

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre la fantasy ?

Ouh, compliqué parce que je ne suis pas tout jeune. Mes références datent un peu et ne parlent plus toujours aux lecteurs actuels, j'en fais souvent les frais avec mes enfants. Je n'ai pas non plus les références d'un joueur de jeux consoles, type "The Witcher". Je dirais quand même : - Bilbo le Hobbit. Tolkien. Indispensable quand même ! - Bjorn le Morphir, de Thomas Lavachery. Du belge ! Idéal pour commencer. - Le cycle de la Belgariade (10 tomes...) de David Eddings. Plus complexe déjà, mais le personnage principal est un ado et il y a une bonne dose d'humour. Je voudrais bien trouver le temps de le relire, d'ailleurs...

- Un « classique belge » qui compte ?

Les contes du Whisky de Jean Ray. Plus que Malpertuis. Des chouettes nouvelles. Je l'ai lu il y a longtemps... Encore un truc à relire ! Flamand des vagues de Jan Van Dorp. Un roman d'aventure et de voile au cœur du XVIIe siècle centré sur les corsaires ostendais. J'ai malheureusement appris par la suite que Van Dorp était un peu notre Céline à nous et qu'il a eu de gros soucis à la fin de la guerre car c'était un collabo...

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

Ça dépend un peu de l'effet recherché. Mais à mon avis, il faut d'office une bonne lampée de bière artisanale belge en tout cas. Les raisins secs regonflés dans l'eau, ça marche bien aussi, ainsi que la cannelle et la coriandre. Et puis, quelques champignons cueillis maison lors d'une promenade un lendemain de pluie au cœur des Ardennes.... Après, si c'est pour écrire une bonne histoire, les ingrédients précédents restent valables, mais mieux vaut ajouter une bonne dose d'Imagination quand même. Et puis, un récit ça se structure, et généralement, les lecteurs n'aiment pas trop qu'on les balade. Donc, il faut assurer une vraie cohérence au récit. Pas du réalisme, hein, attention, ne vous trompez pas de pot ! Ce sont des épices qui se ressemblent, mais qui en fait, ne donnent pas le même arrière-goût. Le réalisme, ça peut être sympa, mais pour un récit de fantasy, c'est moins important que la cohérence.

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

La priorité, c'est la sortie de mon tome 3 qui devrait se produire en septembre. A priori, plus rien à faire, tout est dans les mains de mes éditrices, mais il y a les relectures, les choix de quatrième de couverture, des petits détails à régler.  Après, j'ai pas mal d'envie qu'il faut que je canalise, toujours dans le domaine des mondes imaginaires, mais un peu moins dans la fantasy. Pour le moment, je travaille surtout sur un pitch de série télé S.F. afin d'obtenir un dossier que je puisse soumettre à des producteurs, mais le jeu de rôle reste au cœur de mes projets. J'ai beaucoup travaillé sur un jeu de rôle complet que j'aimerais trouver le temps de finaliser.

Dans les mondes imaginaires, si tu étais : 

Un personnage :  J'en ai incarné pas mal via le jeu de rôle, mais au final, c'est dans la peau d'un homme des bois que je me sens le mieux. Animisme, chasse et cueillette : des éléments qu'on retrouve dans "Bâtard" !

Un pouvoir : La maîtrise du feu. Capital ! Le connaître, lui parler, en faire son ami...

Un objet : Une hache ou un livre.

Un lieu : Une taverne ! Boire un coup avec des potes, il n'y a pas plus important dans la vie ! Je pense qu'on en prend tous conscience actuellement, alors que ce n'est plus possible. En plus, c'est un lieu universel. Il y en a toujours eu, partout, à toutes les époques.

Une époque, une civilisation : L'antiquité, je pense, mais pas romaine. Celte, ou en marge de l'Empire romain. Je n'aime pas trop les états trop centralisés. Ou le tout haut moyen-âge, le moment où l'Empire romain se délite. C'est une époque passionnante, où tout change et se reconstruit. La fantasy est presque toujours basée dans une époque de transition où la société se reforme après un cataclysme ou une période de décadence. Et il y a tout lieu de croire que notre civilisation approche le même genre d'étape...

Un moyen de déplacement : La marche ! Vieille comme l'homme, elle permet de passer partout en prenant le temps. Sinon, un ballon. J'aime assez bien cette idée d'être bercée au gré du vent. Le côté Steampunk aussi, le fait de se déplacer dans les airs, mais sans que ça aille trop vite, en pouvant profiter du paysage. 

Cindy Van Wilder

 Traductrice de formation, Cindy Van Wilder trempe sa plume dans l’encre de la fantasy depuis quelques années et cela lui a valu de beaux succès. Après les quatre tomes des Outrepasseurs (Gulf Stream, 2014-2017, les trois premiers tomes sont réédités au Livre de poche), la série Terre de brume (deux tomes, Rageot, 2018 et 2019) a reçu un accueil enthousiaste, au point que le service Fiction digitale de la RTBf a décidé d’en réaliser une adaptation sonore bientôt disponible en podcast. Outre cette webfiction, 2021 verra aboutir plusieurs projets de cette autrice prolifique. Elle est le vent furieux, un recueil de nouvelles auquel elle a contribué avec d’autres autrices françaises, vient de paraitre chez Flammarion : une version engagée et enragée des littératures de l’imaginaire puisque ces autrices, emmenées par Marie Pavlenko, prêtent leur plume à une Dame Nature trop longtemps malmenée et résolue à faire goûter sa fureur aux hommes. A l’instar de Memorex (2016) ou La lune est à nous (2017), #Tousdebout (Hugo Roman, 2021) permettra d’apprécier combien Cindy Van Wilder est à l’aise dans tous les genres. Pour vous en convaincre, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de Bela pour y lire Ligne de vie, un texte d’une extrême délicatesse.

- D’où vient ton goût pour la fantasy ?

Je pense qu’on peut le dater très précisément de la sortie du premier film de l’adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson. Jusque là, je ne m’intéressais pas spécialement à tout ce qui touchait à l’imaginaire. Ce film m’a fait l’effet d’une gifle en pleine figure… ou d’une chute dans le monde d’Alice ! Depuis, je n’en suis plus jamais sortie. J’explore sa diversité et sa richesse avec grand bonheur !

- Des auteurs et autrices fétiches en fantasy ?

Des tas, aussi bien anglophones que francophones, puisque j’ai le bonheur de lire en anglais et en français : il y a des noms bien installés, comme G.R.R. Martin, mais aussi des plumes plus récentes, comme Kalynn Bayron ou Kacen Callender, dont le premier tome m’a totalement époustouflé, Anna-Marie McLemore, dont le style est sublime ou encore Justina Ireland, dont la dystopie zombiesque en pleine Amérique de la Sécession m’a tenu en haleine. Il y a naturellement des plumes francophones comme Katia Lanero Zamora, Silène Edgar, Lise Syven, Nadia Coste, Aurélie Wellenstein, Agnès Marot, Elodie Serrano, Hermine Lefebvre ou encore Pascaline Nolot, qui sont devenues pour moi des incontournables !

- D’autres sources d’inspiration : séries, films, musique, BD, illus… ?

Tout ce que je vois, tout ce que je lis, tout ce que j’entends peut me servir d’inspiration. Donc oui, la musique, l’audiovisuel ou encore les BD entrent dans cette catégorie !

- Trois titres à recommander à un ou une ado qui découvre la fantasy ?

I.R.L. d’Agnès Marot, pour les 15 et + ; Eliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot pour les plus jeunes ; Rhizome, de Nadia Coste.

- Un « classique belge » qui compte ?

Tempo di Roma d’Alexis Curvers.

- Pour mitonner une chouette potion, des ingrédients de prédilection ?

De la passion, un brin de patience et pas mal de ténacité !

- Une actu, des projets pour les mois qui viennent ?

Le 6 janvier, une antho féminine et écologique, « Elle est le vent furieux » est sortie chez Flammarion jeunesse. En mars, un roman co-écrit avec Agnès Marot, #TousDebout, un roman unique contemporain sur la révolte estudiantine chez Hugo New Way.

- Dans les mondes imaginaires, si tu étais : 

Un personnage :  une sorcière

Un pouvoir : la télétransportation

Un objet : une cafetière (pleine)

Un lieu : Londres

Une époque, une civilisation : l’ère victorienne

Un moyen de déplacement : le vélo .

En guise de conclusion, tentons un plaidoyer. Certes, la fantasy se défend bien toute seule, son succès en témoigne, et l’époque où les bibliothécaires accueillaient avec circonspection des titres pour la plupart anglo-saxons est désormais révolue. Il s’agit plutôt de titiller la curiosité de celles et ceux qui voudraient découvrir d’autres routes que celles, fort fréquentées, du Seigneur de anneaux ou des Harry Potter. La fantasy est traversée de toute une série d’influences : films, séries, musique, BD, mangas… Loin d’être une littérature de niche qui fonctionnerait uniquement en s’appuyant sur ses codes propres, elle est en prise directe avec la culture contemporaine. Par ailleurs, les mondes imaginaires auxquels elle mène sont particulièrement riches. Ses personnages et créatures doivent beaucoup aux mythes, aux traditions et aux contes du monde entier, mais auteurs et autrices s’en inspirent avec une grande liberté, et pour les plus talentueux, en renouvelant les codes. Il suffit de découvrir quelques romans parmi ceux que nous avons cités pour réaliser à quel point on est loin d’une littérature formatée ! Leur créativité, les auteurs et autrices la mettent au service de personnages confrontés à des situations extraordinaires et qui se distinguent par leur combativité. Héros et héroïnes sont par ailleurs souvent en décalage par rapport à leur communauté, ils découvrent l’altérité, refusent les assignations qu’on leur impose… Ce sont des personnages auxquels les jeunes peuvent s’identifier et qui les aident à se construire. Ce n’est évidemment pas une surprise pour les lectrices et lecteurs familiers des univers de Tolkien ou G.R.R. Martin, mais ce sera sans doute une découverte pour les autres : la fantasy revêt une dimension politique importante. Cela vaut pour quantité de sujets au cœur de ces récits : le rapport à la nature et la défense de l’environnement, les croyances, les assignations genrées, et la liste est loin d’être close… Les littératures de l’imaginaire ouvrent au lointain, à l’ailleurs, et paradoxalement peut-être, au tout proche et au contemporain. Enfin, la fantasy est un formidable laboratoire d’écriture. La plupart des autrices et auteurs le disent : ils ont bénéficié des conseils avisés et des encouragements de leurs pairs. Beaucoup ont démarré avec les fanfictions (des histoires inspirées d’un univers de prédilection) et ils se sont pris au jeu. La Plume d’Argent, CoCyclics et l’association Tremplins de l’Imaginaire, Les Ardents de l’Imaginaire aussi, sont autant de communautés qui favorisent les échanges et le partage de textes. Des festivals comme Les Imaginales ou Trolls et Légendes drainent un large public et favorisent les rencontres. Ce qu’on aurait pu appeler une littérature de niche se révèle finalement un formidable vivier. 


 © Marc Wilmotte pour Objectif plumes, février 2021.

[1] Proposer une définition de la fantasy n’est pas simple. Auteurs et autrices se réclament plus volontiers des littératures de l’imaginaire, une catégorie moins restrictive. Pour d’autres développements, le lecteur peut se reporter au Dictionnaire de la fantasy d’Anne Besson (Vendémiaire, 2018) ou aux éléments de synthèse que nous proposerons dans notre dossier destiné aux enseignants.

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